J’ai cinquante ans et tout recommence

Bien que les neurosciences nous dévoilent ce qui se déroule dans notre esprit sans que nous ayons de connaissance consciente de ces émotions et de ces prédispositions à agir, la plupart de nos contemporains assurent vivre leur vie en « pleine conscience », pour la petite part, peut-être, qui peut se penser et qu’ils ne pensaient pas jusqu’ici. En totale inertie. Voilà le seul progrès de cette introspection bienvenue.

Nous continuons de nous intéresser ici aux processus inconscients, ceux engrangés dans la petite enfance mais pas seulement : ceux engrangés chaque jour qui ne se vit pas, qui s’opère seulement.

Ces processus inconscients s’engagent dès la naissance, avec la recherche du sein et de la chaleur, avec la rencontre du plaisir. Ces processus inconscients sont ceux des multiples pulsions : agripper, mordre, sucer, déféquer, puis, enfin, dormir. Elles couvrent les besoins vitaux mais aussi, dès l’origine, les envies et le désir.

Avec la satisfaction des besoins et d’un plaisir qui est reconnu comme étant du plaisir sexuel, érogène, dans un registre infantile, cette forte pulsionnalité des origines peut s’apaiser, et l’enfant peut grandir et gagner en curiosité : s’investir dans des multiples sujets en partage avec les autres, à sa manière, dans sa singularité.

La pulsionnalité s’apaise et demeure inconsciente, flamme de la vie qui continue. Il est une véritable réduction dans la conscience de la tension que des besoins impérieux provoquent dans la vie psychique. Chacun s’apaise dans la rencontre de l’autre, du visage humain qui renvoie en miroir un visage possible, la première image de soi, et une éthique.

L’objet du désir de l’enfant, de sa satisfaction, devient ainsi l’objet d’identification, puis, par le plaisir que procure la relation, au delà du physique, intellectuellement et affectivement, l’objet d’amour.

Cette phase narcissique nécessaire à l’estime de soi et au développement de la singularité de chacun est mise à l’épreuve dans la phase bien connue de l’Oedipe entre trois et six ans, lorsque se produit, ou plutôt se confirme, la découverte, la perception, de l’impossible poursuite d’une relation de dépendance et d’absolu dévouement : le maternage de l’adulte en charge de l’enfant se complète d’un amour sexuel adulte, dévolu à un autre adulte et impossible avec l’enfant au prix de terribles angoisses et de la maladie mentale que certains développent alors.

A l’issue de cette première crise narcissique, qui permet de passer en effet de l’image à l’éthique, à sept ans, avec l’âge dit de la raison, l’enfant vit le premier répit pulsionnel et peut s’intéresser aux autres enfants, nouer des relations de jeu et de créativité, et apprendre et développer toutes ses capacités psycho-motrices, cognitives et psycho-affectives.

Le renforcement pulsionnel qui survient à la puberté surprend l’enfant et son entourage. Son narcissisme reprend le devant de la scène puisqu’il est mis à rude épreuve dans des désirs sexuels adultes cette fois-ci. Il se réfugie dans « le groupe » de ses pairs, mais, de plus en plus de nos jours, dans la mère, ou plutôt dans sa maison, dont le père est absent (désengagement de réalité par le virtuel allant jusqu’à la déscolarisation).

Ce renforcement pulsionnel peut s’apaiser seulement dans la rencontre de nouvelles identifications, complexes, ambivalentes, dans cette tension entre le monde adulte et enfant, entre le sexuel exprimé par la violence du jeu et la tendresse retrouvée avec la famille et les amis.

Il est enfin une troisième naissance, un troisième passage après l’enfant (infans sans parole) et le pubère (sans poils, vers la croissance sexuelle). Il s’agit de la ménopause ou de la mi-vie qui concerne aussi bien les femmes que les hommes. Ce passage implique un troisième renforcement pulsionnel, une réorientation de l’élan vital qui se réaffirme ainsi, qui se recouvre à nouveau de sexualité et de narcissisme pour pouvoir se réinventer, soi-même et dans les rapports aux autres.

Ces processus inconscients sont largement à l’œuvre et mis en évidence dans la clinique (l’accompagnement au plus près, « au pied du lit » de chacun c’est l’étymologie du mot clinique) psychanalytique. Ils se révèlent dans les rêves, les fantaisies diurnes, l’humour et les mots d’esprit, mais aussi, de plus en plus souvent malheureusement, dans des passages à l’acte sexuel pas vraiment choisis, pas vraiment voulus dans une construction de vie à la fois équilibrée et stimulante sur la longue durée qui nous mène aujourd’hui facilement vers vingt, trente, quarante et même cinquante années de plus. Cela peut prendre aussi la forme d’amours platoniques qui entravent les collaborations et la réalisation personnelle, l’ouvrage qu’il s’agit d’accomplir, singulier.

 » La compréhension de ces expériences qui font effraction remobilise les conditions relationnelles primaires (…) parentales et leurs incidences sur les symbolisations primaires (les toutes premières pensées qui persistent dans la psyché, inconscientes), garantes des freinages pulsionnels.  »

Christian Gérard, psychanalyste contemporain

Je cite ce psychanalyste de référence dans notre société de la GPA, PMA, car je vais reprendre un de ses cas que je retrouve dans ma clinique aussi, sous différentes formes, afin de protéger la confidentialité de mes propres patients.

 » Charles, 50 ans, est un dirigeant d’entreprise. Il consulte (alors que) les relations avec les femmes de son entreprise (prennent) un aspect transgressif et incestueux du fait de sa position hiérarchique et de son attitude qu’il avait voulu paternelle.

La mère de Charles est décédée deux ans auparavant et le père, plus âgé d’une quinzaine d’années que la mère, il y a environ vingt ans.

La relation du patient à la mère a toujours été proche et conflictuelle, sur le mode d’un contrainte de répétition (jeu relationnel), évoquant un lien sadomasochiste.

L’analyse met en relief le caractère nettement œdipien de ce lien, avec l’image d’un père éloigné, tant psychiquement que physiquement. La disparition de la mère est venu renforcer le lien de proximité et d’identification (mère-fils). Des désirs prenant la forme de l’interdit et du « démon de midi » sont apparus, offrant l’illusion que tout serait possible (…).

Le dénigrement de son père (vient) confirmer cette configuration œdipienne fragile, mettant en scène une mère forte et un père faible, jusqu’au jour où, au cours d’une séance Charles (est) envahi par une charge émotionnelle intense a l’évocation de son père et, à sa grande surprise, il se (met) à pleurer.

Des aspects sensoriels se (font) jour sous la forme de souvenirs un peu flous datant de la petite enfance, le père apparaissant comme un personnage bienveillant, proché chaleureux, moralement mais surtout physiquement.

L’affect et le sensoriel (viennent) ainsi, via la relation analytique, renforcer l’image paternelle en lui rendant sa puissance symbolique mise à l’écart jusque-là.

Certaines réminiscences étaient associées à l’ambiance du petit appartement dans lequel l’hiver, le père après avoir été chercher du charbon à la cave, allumait le feu d’un poêle placé au centre de la pièce principale ; un père proche et chaleureux- un père sensoriel et émotionnel revenu à la conscience (…).

C’est ainsi que peuvent se rejouer dans la cure analytique, des scènes du passé, parfois très précoces, permettant l’accès à une nouvelle organisation psychique, source, comme dans le cas de ce patient, d’une forme d’apaisement et de libération. Il ne lui était plus nécessaire de dénigrer et d’attaquer inconsciemment le père.

(…) L’analyse confirma la dépression maternelle durant la petite enfance du patient, le laissant face à sa détresse infantile.

(…) Du fait des renforcements pulsionnels de la cinquantaine, (Charles) s’était retrouvé dans une situation régressive (primaire, ante-œdipienne). La répétition dans ses relations avec les femmes se jouait ainsi au niveau (fusionnel incestueux transgressif.

Cette crise douloureuse avait déclenché un appel au « surmoi » (le juge interne) paternel. Les auto-reproches dépassaient la sévérité manifestée dans la réalité par les parents et en particulier par le père ; ils absorbaient les actes, les pensées et les intentions du sujet.

Comme dans toute cure psychanalytique, une crise de milieu de vie, via la relation transférentielle (le transfert d’affects sur l’analyste que le processus d’accompagnement permet) peut entraîner l’assouplissement de la position surmoi que du sujet (en balance de sa pulsionalité) ouvrant la voie à de nouveaux investissements. « 

Le Père des premiers liens
Christian Gérard
Édition In Press

La place de la latence dans l’accompagnement de transition individuelle

Ce temps de latence que les accompagnateurs de transition s empressent de combler est d’abord le leur qu’ils chercheraient à fuire.

La transition s’assimile souvent à une mise en mouvement, d’une situation à une autre.  Elle est, pourtant et avant tout, une pause psychique permettant une véritable réorganisation intime. Nous l’avons développé dans le post précédent. Chez chacun de nous cette pause a pour prototype celle effectivement engagée entre 6 et 12 ans : la période de latence.

En transition, vous vivez un équilibre manifeste tandis que vous vous formez, vous faites de nouvelles rencontres et vous découvrez des voies de sortie toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mais il sera toujours temps. Le temps ici est à la pause.

Vous deviendrez indépendant ou employé à bon escient. Vous ferez le choix de l’expertise ou du management. De la grande, de la petite structure ou du réseau.

Tout semble possible à nouveau tant qu’une nouvelle adolescence, le choc de la réalité, le temps des renoncements et des responsabilités, ne mettra fin à cette latence retrouvée à l’occasion de l’échéance certaine d’une fin de droits ou de congé.

Ce qui vous permet et permet à chacun de dépasser ou du moins limiter l’angoisse du passé, l’anxiété d’un avenir incertain, c’est une position défensive engrangée entre 6 et 8 ans : le renversement en son contraire.

Le retournement possible d’un entre-deux

L’enfant qui a peur se montre courageux ; celui qui est timide, se laisse gagner par les rires et par le jeu ; les rivalités de la petite enfance contournent la pente de la jalousie haineuse à la faveur des complicités ; l’amour exclusif dévorant se mue en tendresse et fierté.

L’adulte qui a fondé sa vie professionnelle sur l’exécution et l’obéissance s’essaye à la créativité et devient activiste auprès de ses partenaires métier. Celui, fort contributeur en équipe, se lance sur un projet personnel, d’écriture, sportif, constructif. Mais c’est surtout au niveau de l’humeur que cela reprend la stratégie défensive d’une enfance contrariée car il faudra la quitter.

Les 8 à 12 ans redoublent d’obéissance et de docilité. Ils tiennent à plaire aux parents ou plutôt à éviter de déplaire.

L’envie de réussir n’est pas primordiale. La peur est de ne pas compter ne rien peser. Ceci en phase de transition adulte est l’ordinaire du quotidien évoqué. L’inconscient est envahi de tensions psychiques. L’exigence interne est bien plus forte que les exigences externes même si par projection on les rend démesurées : j’ai un mémoire à rendre, je ne suis pas sûr d’obtenir l’accréditation, les autres personnes en transition que je fréquente en réseau sont tellement plus intelligentes, mûres, sûres d’elles.

L’enfant se déprécie de l intérieur sans le dire. Il a besoin de paraître surtout devant lui même. Il ne veut pas de miroir fidèle. Il craint de perdre l’affection, la sympathie du moins de son accompagnateur présent lorsqu’il est adulte et enfant.

Comment permettre l’abandon de cette attitude de transition et retrouver toute la complexité  de la pensée et des sentiments ?

Les comportements sociaux peuvent devenir naturels, compatibles avec l’intime et inaliénable conviction, ou épuiser le sujet. Le succès du pur coaching s’ensuit de dépression. Seul l’accompagnement au plus près, la reconnaissance des difficultés soulage et prépare le temps des accomplissements. L’acceptation des erreurs, la confiance en des réalisations à venir au risque de déplaire enfin, et déplaire aujourd’hui déjà à l’accompagnateur choisi, tout ceci engage et réengage dans la vie. L’accompagnement assez bon est subtil, continu et léger à chaque instant.

Ce plaire et ce déplaire ne sont pas de l’ordre de la séduction. Ces modes de relation n’érotisent pas l’objet. L’objet sexuel de l’enfant du premier âge était le parent, celui qui subvient à ses besoins et qui lui apprend le plaisir et le déplaisir ce faisant. Le désir n’est plus le besoin.

Lorsque l’objet sexuel n’est plus sexuel il devient objet d’identification. Et le désir devient désir d’œuvrer et de créer comme d’autres le font.

Work in progress but work

L’enfant de la latence selon la référence qu’est le vocabulaire psychanalytique établi par Laplanche et Pontalis est l’enfant de la distance, de la pudeur, du dégoût qui s’installe pour refuser de son propre corps tout ce qui pourrait lui donner satisfaction libidinale. Cette période de latence sexuelle est une pause psychique entre deux périodes intenses : celles de la petite enfance et de la grande adolescence. L’immaturité biologique semble expliquer ce temps d’arrêt et la fin du désir œdipien.

« …l’absence persistante de la satisfaction espérée, la frustration perpétuée de l’enfant qu’il espère (enfanter), contraignent le petit amoureux à renoncer à un sentiment sans espoir  »

Il a été tout, il ne l’est plus et il ne peut pas offrir le tout au parent adoré. C’es dans une de ses lettres à Fliess que Freud se confie ainsi.

Secondairement, les formations sociales, l’éducation, les limites imposées par les parents qui vivent leur sexualité ailleurs qu’avec l’enfant, se conjuguent au petit surmoi de l’enfant, l’instance de régulation interne.

Rien de tel est nécessaire lors des latences adultes et pourtant elles se caractérisent de mon expérience clinique, au cas par cas, par une baisse de la libido, par une recherche de l’autre qui cherche avant tout à préfigurer l’autre en soi.

Que les accompagnateurs – coachs de transition mais aussi les professeurs de tant de professionnels réengagés dans une formation, les tuteurs de l’entreprise ou des organismes sociaux, RH et conseils – que ceux qui côtoient de près ou de loin ces aventuriers méditatifs ne se trompent pas. Ce n’est pas le manque d’envie qu’ils expriment dans le peu d’intérêt qu’ils leur dédient ou plutôt qu’ils dédient à leur personne. Il ne s’agit pas non plus d’une stratégie ou tactique de recherche d’un rapprochement physique à la hauteur de l’investissement intellectuel ou pragmatique ou les deux. Regardez vous en premier.

Tous, enfants de la latence

Ce temps de latence que les accompagnateurs s’empressent de combler est d’abord le leur, qu’ils chercheraient à fuir faute de l’avoir à leur tour retourné dans tous les sens qu’il permet. Ce temps de latence est bel et bien pour eux un temps de psycho analyse, de mise au point de leurs affects refoulés. Et s’ils renversent en son contraire dans une latence au contraire prolongée, dont ils ne sortent pas depuis l’âge indiqué, il est temps pour eux de revenir aux élans sexuels assumés pour les placer hors terrain professionnel.

Ceci n’est pas une critique ou même une attaque, agressive. Ceci est mon choix de superviseur sur le champ professionnel, différent de ma responsabilité de psychanalyste dans le privé. La psychanalyse est un choix inaliénable, la supervision est un devoir inaliénable aussi. Puissent ces quelques lignes éclairer les accompagnateurs et les accompagnés en transition ce qu’ils vivent intimement, et faciliter leurs relations, véritable moteur nécessairement affectif du changement.

Les épreuves pour grandir, un modèle vivant de transition

Vous reconnaissez vous dans ces peurs de lâcher le connu et aimé et voyez vous peu à peu que vous le gardez en vous ? Objet transitionnel. La transition opère, oeuvre en vous. Pour mieux emmener vos connaissances et affects sur d’autres terrains et dans d’autres relations et aussi dans la relation avec vous. Courageux, résolus, comme l’enfant adorable de 8 ans, souvenez vous.

J’ai assisté au Séminaire Psychanalytique 2019 de la société du même nom, Séminaires Psychanalytiques de Paris, leaderés par Juan David Nasio entouré d’une équipe de grande valeur intellectuelle et humaine.

« Les épreuves qui font grandir » font référence aux épreuves fondatrices de toute vie humaine que sont la naissance le sevrage, l’Oedipe et l’abandon définitif de l’enfance pour entrer en adolescence. Dans la sexualité adulte.

La séparation, la dépendance, le désir et le renoncement à la toute puissance trouvent lors de ces quatre épreuves premières le prototype des épreuves que la vie va représenter inlassablement : les moments de deuil, ceux de subordination voire de soumission, les parcours conquérants et ceux de transition, vides de sens dans leur essence même qui est celle de ne pas aboutir tant que de transition il s’agit.

J’étais venue essentiellement pour Christian Pisani dont j’admire la pratique, la capacité réflexive et l’ouverture et la profondeur qu’il sait donner aux quelques notions partagées dans l’univers jamais assez théorique et jamais certain qu’est la psychanalyse.

J’ai découvert Harry Ifergan qui fait de la période dite de latence de 6 à 12 ans, épreuve ultime, fabuleuse d’un abandon à vivre, la période la plus active et méconnue qui soit et qu’elle le reste pour longtemps.

Délices d’un jardin secret premier qui peut permettre tellement d’autres retraites en bien d’autres jardins la vie durant.

Je vais en parler à ma façon. Certains étayages viennent de lui mais c’est moi qui veut faire ce récit pour les personnes en transition que j’accompagne et qui se reconnaîtront.

L’image choisie pour cette période de latence est un dessin de la main de ma soeur sur une photo de ma plus jeune soeur de mon plus jeune enfant, 19 ans à présent. Elle sait jouer et rejouer de la latence admirablement.

Latence, 2019
Elisa Paillot par Monica Matesanz sur une capture de Maria Matesanz

Harry Ifergan focalise particulièrement sur l’entre deux : entre l’Oedipe qui représente le fantasme du sexuel et la reaffirmation narcissique et la vraie latence qui s’installe avant l’adolescence. Cet entre deux de latence active est celui de six ans à huit ans.

De six à huit ans

Le corps à corps parental reste présent, l’imaginaire est toujours fort mais il côtoie la réalité plus aisément, les apprentissages prennent la dimension du plaisir plutôt que de la contrainte mais déjà l’enfant imagine les véritables contraintes de la séparation et de sa vie : ses propres choix réduits qui seront d’abord des goûts de collégien avant de rentrer dans des choix d’orientation et d’amitié jusqu’à la  » bande à part  » : la veritable nouvelle génération dans lequelle il s’inscrit.

La vie diurne, manifeste, est celle d’un enfant qui connaît de mieux en mieux ses obligations et ses possibilités. Il joue, il travaille, il aide, il se pose et il se mobilise à bon escient la plus part du temps. Les pointes émotionnelles, les impulsions et les oppositions semblent en effet s’apaiser, rentrent en latence effectivement. Tout ceci réapparaîtra, nous adultes le savons bien, avec une intensité féroce chez l’adolescent.

La vie nocturne est celle qui donne à voir tout le travail psychique qui s’effectue. Plus dense que jamais. Plus exacerbé aussi. L’enfant « deale » littéralement avec tout ce qu’il a engrangé comme substance grise dans sa courte vie.

Ce n’est pas nouveau : entre 2 ans et 4 ans il faisait de ses éprouvés et de ses découvertes un puzzle géant qu’il devait recomposer à chaque nouvel éprouvé intime ou vécu affectif. Les grands chamboulements que peuvent être un déménagement, un divorce, une naissance, la perte d’un parent le plongeaient dans un éclatement massif de ce puzzle qu’il reconstruisait à la vue de tous de jour en jour, avec les maladresses et les pirouettes qu’on peut lui reconnaître encore une fois adulte. Le traumatisme laisse des traces.

Entre 6 et 8 ans l’enfant n’a plus la prétention de pouvoir former un puzzle. Il ne tient plus rien. La toute puissance l’a lâché. Et les pièces aussi se perdent dans un refoulement actif. L’amnésie infantile compense et régule la capacité de mémoire et décision qui caractérise notre seule espèce animale.

Entre 6 et 8 ans l’enfant cherche avant tout à pouvoir adopter et s’approprier le mode d’articulation de ce qu’il a vécu selon ses propres choix pour pouvoir le rapporter avec aisance sur ce qu’il vit et vivra encore : la séparation, les nouveaux accordages, le désir singulier et la solitude à laquelle il aboutit.

On trouve dans ses rêves et dans ses fantaisies les peurs fondamentales et les images récurrentes que voici.

L’irruption du voleur dans la maison est le rêve ou la fantaisie la plus fréquente. Il s’agit plus concrètement de son ravisseur qui règle d’un seul coup tous les problèmes de l’abandon de ses parents, du départ dans le monde aux côtés d’un bon brigand, du désir qu’il projette aisément sur lui et ses réalisations hardies et de sa différence aussi. Les touches dramatiques des parents ligotés, du sang versé ci et là, des complicités et des trahisons permettent à chaque enfant de vivre son scénario très personnel, de remuer ses affects à la hauteur de ce que le fait de grandir lui cause effectivement comme remous de conscience et d’inconscient. Ces fantasmes primaires violents et sexuels, dans la dévoration du sein, le meurtre du père, finissent de se ranger dans l’oubli.

Au fond il s’agit de « savoir » comment continuer à aimer et comment se sentir encore aimé sans avoir à rester « proche » des êtres aimés absolument que sont les parents. Sans s’imposer la proximité physique ni identitaire non plus.

D’autres peurs s’affinent pour chacun :

Peur de perdre l’amour maternel.
Perte effective des parents lorsque par exemple le père est pilote de loisir ou la mère conductrice assidue pour son travail.
Crainte d’avoir autres parents.
Enfant qui n apprend pas à lire et écrire pour ne pas apprendre sur des papiers administratifs ses véritables origines.
Peur de ne pas être aimé.
Peur de rester seul à la maison.
Les tics, la bougeotte révèlent la tension psychique en des lieux inconnus.
Peur de rester seul à la maison aussi.
Peur que se réalisent les horreurs vues dans un film ou dans un jeu vidéo.
Le dénuement et la pauvreté dans la famille ou dans la rue et le sentiment de protection disparaît.
Les disputes entre les parents alimentent la fantaisie de scission.
Crainte aussi des groupes d’amis, des préférences en leur sein, des bandes et des fâcheries.
Les réactions imprévisibles des parents sont un coup de tonnerre dans le ciel serein de cette période.
Ou alors c’est l’enfant qui provoque les parents sans s’en rendre compte pour trouver l’apaisement à ses tensions.

Si les parents peuvent s’identifier à l’enfant du temps où ils étaient eux mêmes enfants, ils pourront l’accompagner lui signifier que son vécu est familier et meme universel, qu il le relie à eux en même temps qu’il le sépare.

Autrement l’enfant passera à des comportements spécifiques véritablement anormaux en cette période de réorganisation patiente comme par exemple des régressions (euneresie, anorexie) et des violences (scarification, maladies, accidents).

Dans la vie, d’autres périodes de crise et de transition auront lieu qui pourraient faire resurgir ces incompréhensions de cette période unique, non soumise à des conflits affectifs déterminants comme celui de l’amour et de la haine du père et de la mère, deux tuteurs, deux jambes pour avancer, dans le sentiment et dans l’effort la haine devenue rivalité saine ; ni à des enjeux narcissiques majeurs, ceux qui verseraient dans l’effondrement et la disparition. Ces périodes peuvent bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel qui écoute les fantasmes autant que les écueils relationnels et identitaires, mais surtout les fantasmes. Pour cela la psychanalyse du coach est une traversée personnelle qui enrichit autant sa personnalité que son action.

Et pour ce qui est des patients cités en exergue « qui se reconnaîtront » vous reconnaissez vous dans ces peurs de lâcher le connu et aimé et voyez vous peu à peu que vous le gardez en vous ? Objet transitionnel. La transition opère, oeuvre en vous. Pour mieux emmener vos connaissances et affects sur d’autres terrains et dans d’autres relations et aussi dans la relation avec vous. Courageux, résolus, comme l’enfant adorable de 8 ans, souvenez vous.