Accompagner l’angoisse de notre temps : angoisse de liquéfaction

Il y a deux chemins, deux lits de rivière, pour se développer enfant. Celui de l’enfant avec ses compétences propres, qui se prend pour le sein puis s’en déprend, puis le convoite puis il s’en passe. Et il court vers le père et ses pairs. Puis, celui de l’enfant dépendant de la mère puis rien.

Le premier avale la mère, le deuxième désire et redoute de se faire avaler d’elle. Cet enfant n’a de sein ni de dessein. La mère n’a pas su apporter un sentiment de continuité d’existence de par ses tristes ou folles réponses, désordonnées, inadaptées. Toujours trop tard. Toujours trop peu.

Cet enfant qui n’a pas pu se départir de ce qu’elle ne savait pas donner, pour prendre ailleurs. Cet enfant vit dans l’angoisse de liquéfaction*, de l’écoulement de son existence, de la vidange de ce à quoi il est promis sans jamais l’atteindre. Cet enfant lorsqu’il trouve l’autre qu’il aime et l’aime. Cet enfant a peur de l’autre et peur de lui même. Cet enfant cherche son père.

Cet enfant devient en grandissant, en se consolidant s’il l’ose, son père et sa mère. Et il se rapproche de pairs. Cet enfant ne cherche plus son manque à l’extérieur. Cet enfant n’accuse plus ceux qu’il aime. Cet enfant ne s’aime pas. Il s’aime peu à peu dans ce qu’il s’empêche et qu’il déploie. Cet enfant devenu solide ne redevient plus liquide mais gaz. Sublime de soi.

Ces enfants liquéfiés, que je recueille, comme ce fut mon cas, ces enfants que j’accompagne, ces enfants qui grandissent à mon contact sont la sublimation de ma propre angoisse. Et moi la main dans leurs eaux qui échappent à mes doigts, j’accouche encore une fois de moi.
*L’angoisse de liquéfaction, moins connue que celles de morcellement, d’effondrement, d’éclatement, d’anéantissement, est une angoisse de fuite et de toujours possible réunion, et en cela une angoisse promise à du bel accompagnement. C’est l’angoisse de mes tripes, de mon expérience acquise et en cela m’a spécialisation. C’est l’angoisse de notre monde qui se dérobe tout le temps. Connecté et en mouvement.

De l’Art du lien : Conversations 3

C’est au beau milieu du marché de Sens qu’il m’interpelle : – je l’ai lu de bout en bout votre bouquin, et depuis un collègue me l’aurait volé. En tout cas vous tenez votre promesse ! Ça n’a rien d’un prêt à penser !

– Serait-ce un prêt à nous lier ? Vous et moi, vous et lui qui vous le ravit, lui et peut-être l’infini…

*

Je reviens sur Paris et les cadres plus feutrés d’une séance n’empêchent rien au même mot : – je tenais à te dire avant toute chose que j’ai lu ton ouvrage de bout en bout et qu’il tisse le lien plus que jamais entre nous deux. Et entre moi et les autres car je me suis libéré pour ouvrir un blog avec mes pensées osées comme tu les oses, et que d’autres partageront et à leur tour ils recréeront peut être…

– N’est ce pas d’humanité connectée dont il est question ? 😉

– J’avais été attiré par ce sous-titre, et par le large volet digital que tu ouvres aussi autrement, mais je vois bien que l’humanité connectée fait surtout référence à notre nature humaine et non aux techniques Ad hoc 😀