La psychanalyse a cours en coaching et plus particulièrement, la psychologie du collaboratif

La psychologie du collaboratif est mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention. Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

C’était il y a un an. Parution de la Psychologie du collaboratif chez L’Harmattan. Et c’est aujourd’hui mon enseignement à l’Université du Coaching, DU Executive Coaching individuel et collectif à l’Université du management : Cergy Pontoise. En ma quatrième année d’intervention.

Pour cette première phase de décollage nous approchons l’identification « simple », les transferts individuels au travers l’arbre de vie : quelles sont les figures de référence de votre vie, de l’enfance à nos jours, que vous les ayez connues ou pas ? Qu’elles aient valeur d’estime ou d’autorité. Nous allons en venir aux identifications croisées en groupe, aux appartenances multiples du sujet seul in fine. Et boucler la boucle enfin. A suivre si vous aimez.

Merci aux courageux étudiants qui mobilisent leurs passions en session.

❝ Un groupe rappelle chacun de ses participants à ses élans premiers de relation et aussi à ses préférences d’expression, violentes et sexuelles, ou alors en repli mélancolique de mise au lit ou de mise à mort. Les passions. […]
En groupe-analyse, ou groupe qui analyse, la règle primordiale est la même que celle de la psychanalyse individuelle : tout se dire tel que cela passe par la tête. Tout se partage quoi qu’il en soit, et la contagion émotionnelle est souveraine. Les apparences, même si elles gardent la face, au fond de chacun de nous, elles cèdent.
[…]
Oui. La chaîne associative est limpide car elle associe les paroles des uns et des autres plus qu’elle n’empile, ou même, n’oppose des discours individuels. Le plus proche à mon sens est la pratique dialogique que pratiquent les nouvelles générations : chacun ajoute, personne ne retire, n’efface ou déforme de ce que les autres mettent en commun. Et ce n’est pas le fil consensuel qui est retenu, mais tous ces apartés qui sont des graines à jamais déposées dans la tête et les cœurs des participants.

Le fil de la libre association d’idées se tisse entre les membres du groupe, la mal nommée association d’idées, car il y a dans ce processus libre associatif analytique autant de pensées que d’affects, d’émergences que de censures ou de travestissements du désir, lors des échanges d’un groupe qui se retrouve régulièrement avec ou sans tâche à accomplir, mais avec une volonté de vérité.

Chacun apprend au fil des séances de groupe-analyse que, comme dans la cure, la transformation est personnelle avant tout, et que tout est possible au groupe une fois les résistances internes de chacun contactées et possiblement dépassées.

Ce qui est particulier au groupe est que « ce n’est pas qui parle qui est ». Le groupe est un inconscient à lui seul. Il pratique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain, la danse de l’inconscient, en deux mouvements : le déplacement et la condensation. C’est du pur désir, qui se déplace, qui prend un objet pour un autre, et qui se cristallise par instants, dans un « ça c’est tout-moi » avec tout l’absurde dedans. Et les peurs aussi, le moi n’est pas que ça mais un idéal posé sur lui, sur-moi, très tôt. ❞
La psychologie du collaboratif – Dessine-moi nous – Eva MatesanzEditions L’Harmattan. Pages 33-34

 

Bases de psychologie, référent psychanalytique, en accompagnement managérial

Ceci est le support finalisé de l’intervention d’Eva Matesanz en DU Cergy Pontoise du vendredi 16 Juin. En accompagnement managérial et pratiques collaboratives.

(Ceci est le support finalisé de l’intervention d’Eva Matesanz en DU Cergy Pontoise du vendredi 16 Juin. La photo de couverture appartient à Kate Parker Photography comme souvent ici :-))

Il apparaît pour Freud, lors de son étude de la maladie physique et nerveuse, en tant que médecin et neurologue au sein d’une société viennoise conservatrice et prospère, l’existence d’un appareil psychique où l’inconscient occupe une place prépondérante. La vie du sujet est gouvernée par un noyau pulsionnel, originel, puis, progressivement élaborée au contact d’autres appareils tout aussi inconscients et plus ou moins cultivés. En cela, pour Freud, l’homme se dote lors de son développement d’une structure psychique mais aussi d’un espace psychique interne, d’une économie psychique apte à le protéger et à lui permettre de s’épanouir aussi, de dépasser ses peurs légitimes et, en somme, d’une dynamique de pensée, de relation aux autres, et de volonté propre toute singulière.

Nous avons abordé le détail des structures psychiques et de leurs pathologies avec Roland Brunner, psychanalyste et professeur. Nous devons à Lacan toutes ces précisions au sujet de la structure psychique, des fondements de la personnalité, névrotique ou psychotique, que Roland a développées et ravivées à sa manière. Je vous propose de venir aux aspects de l’économie psychique du sujet et de la psychodynamique qui s’exprime dans la relation duale et dans les groupes humains.

Et c’est la notion intermédiaire d’espace psychique qui peut nous aider à faire le lien, entre ces fondements, la structure et ses névroses, phobique, hystérique ou obsessionnelle, et son insertion dans l’espace social, partagé.

Chacun de nous dispose d’un espace psychique interne, d’une collection d’objets, de traces mnésiques, si vous préférez, collectées au contact d’une réalité interne et d’une réalité externe : des motions propres et des besoins, des sollicitations extérieures et des réponses à ces motions et à ces besoins. Il est plus aisé de se représenter ces objets partiels en lien, comme étant un groupe interne : le couple parental, la fratrie, la famille, le voisinage, la scolarité.

Nous sommes faits d’identifications de nous, enfant, avec les inconscients, c’est important, les inconscients davantage que le discours et les comportements, qui nous ont entourés. Ces identifications ne sont plus accessibles par la pensée rationnelle car des processus défensifs inconscients les ont filtrées, puis en ont gardé le « code source » au sein de leurs formes cryptées.

Deux processus de défense bien distincts, entre la prime enfance où domine la dépendance des soins externes et l’enfance puis, l’adolescence, où l’enfant se détache de l’objet qui venait le satisfaire pour mieux trouver l’objet de son désir singulier :

  • le clivage, dans un premier temps, celui de la construction du narcissisme, secondaire, celui qui intègre l’existence d’autre que soi, séparé, et qui résout cette angoisse au plus maîtrisé ;
  • le refoulement, lors du temps oedipien qui intègre l’existence d’un autre pour l’autre qui, externe à soi, en effet, on convoite. L’angoisse va devoir se résoudre en lien avec la réalité imparfaite, dans l’œuvre et dans l’affect.

 

 

Revenons aux phénomènes psychiques naturels à la base du lien social : les processus de défense et de constitution du SELF, de l’identité, et du MOI social.

1) Le clivage

Le clivage permet de cloisonner et de faire alors cohabiter en soi les premières identifications passionnées : l’amour et la haine, la jouissance et la peur, la détresse et l’élan destructeur. Le nourrisson tête le sein, accède au plaisir mais aussi à l’envie de dévorer la chair, de détruire la mamelle qui lui permet d’accéder au liquide vital pour son intégrité autant physique que mentale. Le très jeune enfant à partir de quatre mois manque du sein, acquiert la conscience de son absence, et par là, de la séparation entre la mère et lui-même. Il l’hallucine alors, il croit le boire et le réduire en lambeaux, et il se rendort apaisé, il aura eu « la peau du lait ». Il l’a à nouveau dans la peau même si ce n’est que dans son imaginaire là où le réel lui oppose le premier trou de son existence désormais autant vouée au « principe de plaisir » que de « réalité », l’altérité. Il intègre, ce faisant, le bon et le mauvais objet. Il peut à la fois aimer sa mère et la détester, lui inventer des substituts. Il pourra ensuite développer d’autres « relations d’objet », tout autant insatisfaisants, ambivalents, à la fois bons et mauvais.

Faisons le point sur l’espace interne qui se créé au contact de ce premier espace social.

Le clivage peut être représenté dans l’espace psychique interne sous la forme de traits verticaux qui font cohabiter différentes facettes de soi. Les bons objets internalisés et les mauvais objets. A ce stade, papa n’est pas encore identifié comme étant la menace, le mauvais objet. L’enfant entretient des rêves de satisfaction libidinale et morbide : mordre et détruire, mordre et rassasier son envie.

L’enfant va évoluer de l’identification primaire, directe, à la mère, à un seul et même modèle, ambivalent, à une identification au désir du père pour elle qui élabore son désir à lui sans autant de détachement de la réalité. Le clivage mène au déni en grandissant. A la psychose en lieu et place de la névrose des relations.

Dans l’exemple cité la mère aime l’enfant mais seulement « suffisamment », pas de façon absolue. Elle aime surtout le père de l’enfant, sa vie est celle avec le père de l’enfant. La mère présente le père à l’enfant et ce faisant l’enfant fait place à autre que la mère, à autre que lui-même et son hallucination.

L’identification au père représente l’effort de l’individuation : le père sépare de la mère, l’enfant se départit de son hallucination. Lorsque la mère est absente, c’est le père qui devient obsédant, la cause de la séparation, et la motion est violente et sexuelle tout autant : le posséder, lui prendre sa puissance sexuelle, le détruire, faire disparaître cette puissance. En grandissant, en interagissant successivement avec le père, la mère et le couple parental, l’enfant se résout à acquérir sa propre puissance : il s’investit dans les études, dans le sport, dans sa prestance, dans sa contribution, musicale, cuisinière, jardinière, ménagère etc. Il imite puis il réalise à sa façon les désirs inconscients qui lui sont projetés et qui rejoignent ses propres motions. Il intègre les interdits de ses parents.

2) Le refoulement

Le refoulement permet d’oublier la période intense et secrète où seul le cannibalisme, l’inceste et le meurtre (les trois interdits sociaux) auraient pu calmer l’enfant. Où le triangle œdipien ne permet plus l’hallucination d’un objet entièrement à sa disposition.

Le refoulement peut être représenté dans l’espace psychique interne comme étant la « ligne de flotaison », horizontale, entre ce qui est pensable et faisable et ce qui ne l’est pas et qui pourtant, par moments émerge tout autant : des passages à l’acte et des parole-acte qui tentent de s’annuler socialement d’un « je n’ai pas fait express », d’un « je ne le pensais pas vraiment ». Ce sont des retours du refoulé. La levée du refoulé est nécessaire dans tout processus d’accompagnement. Pour réduire la charge de l’interdit d’antan. Il est aujourd’hui possible de prendre le poste de son supérieur hiérarchique sans que cela ne soit assimilé à tuer le père ; de répondre et faire partie d’une équipe projet transverse et contribuer ainsi à satisfaire aux demandes d’une Direction Générale, supérieure à sa hiérarchie régulière, sans souffrir d’une position vécue comme incestuelle. Les deux exemples cités sont issus de ma pratique.

J’ai développé ces deux mécanismes de protection et je les ai situés dans l’espace psychique pour donner à voir comment ils ordonnancent nos relations et nos vécus. Ils reçoivent d’autres appellations dans la pratique psychologique courante : la projection est l’expression des parties clivées de soi, reconnues chez « l’autre », avec le déni en arrière-plan. L’inhibition est le pendant pétrifié du processus de sublimation qui sert de soupape continue au refoulement.

Il est aisé de comprendre que les pratiques collaboratives demandent de dépasser tout autant ces deux geôliers de l’espace psychique individuel. L’avantage par rapport au conflit inconscient réactualisé dans la relation à un seul (le supérieur, la Directrice des ressources humaines membre du Codir cités dans les exemples qui précèdent) est que le groupe est un espace psychique collectif. Et en cela, un milieu de choix pour expérimenter et réorganiser son propre espace dans toute sa complexité. Dépasser les blocages et accéder à la créativité sans discontinuer. S’y ajoutent les blocages que génère le collectif, résumés dans la homéostasie, l’illusion groupale, mais qu’il est passionnant de redécouvrir dans le vécu transpsychique des individus ! Ils plongent dans les stades archaïques et narcissiques. Ils favorisent l’idéalisation, l’hallucination primaire. Et avec elle la destruction en lieu et place de la conflictualité Œdipienne, sociale.

De la même façon que l’individu s’épanouit tout en se protégeant de l’autre, de chaque rencontre et de chacune de ses relations, par ses oublis et ses contradictions – ce sont les appellations courantes des phénomènes complexes de clivage et d’inhibition dont je faisais état plus haut, il se protège des autres et trouve des voies nouvelles de réalisation personnelle en investissant un groupe qui lui ressemble autant qu’il le désassemble et en cela il est déterminant.

 

 

 

Les membres d’un groupe sont aussi secrets et mal assortis que le sont les plis de chaque esprit adhérent. Le groupe a pour avantage d’opposer une enveloppe groupale à son environnement. Un de mes partenaires utilise volontiers l’image du groupe « sous cloche ». C’est un peu cela mais la serre ne peut tenir qu’un temps. Afin que le groupe puisse développer sa mission, et que ses participants puissent s’individualiser à nouveau.

Comme pour l’individu, le groupe cultive une hallucination, collective cette fois-ci. L’individu cède sur ses défenses individuelles et peut ainsi se dépasser et mener une démarche d’appropriation de la production commune, mais surtout une démarche d’identifications nouvelles dans le vécu partagé. Ces identifications sont conflictuelles une fois de plus, et demandent un effort personnel : les défenses se dressent à nouveau avant de céder pour de bon. Sans plus besoin de la protection que représente l’enveloppe groupale imaginaire.

Le groupe offre une contenance à la fois qu’il produit une excitation alors. C’est dans la continuité de la contenance vis à vis de l’extérieur et dans l’organisation progressive du chaos intérieur que le groupe s’impose aux participants. Que le vécu du groupe permet des inscriptions durables dans les sujets qui le composent plutôt que des émotions fortes et stériles. Que chacun lui cède bien une part de sa liberté pour la retrouver plus loin et avec la responsabilité en prime. Le sentiment de l’œuvre commune.

Pour cela, le groupe à son tour organise les échanges avec l’environnement autour sous la forme défensive qui lui permet d’exister et de se pérenniser.

Quelles sont les défenses qui sont le propre du groupe ?

Trois scénarii de base, nécessaires à sa progression, ont été identifiées par Bion et ces formes restent actuelles et sont constatées dans tout travail d’analyse institutionnelle professionnel.

– La dépendance entre les participants. C’est l’idéal commun, l’objectif, si le groupe est productif, la cause, si le groupe est promoteur ou du moins influenceur, la résistance si le groupe est défenseur des intérêts communs de ceux qui s’y rallient. C’est un campement de base dans le sens où il n’est pas possible d’y rester, dans cette phase d’idéal, dans ce sentiment de parfaite adéquation des vues : l’objectif ne se réaliserait pas, la cause serait isolée puis perdue, les intérêts dévastés par d’autres moins égaux, plus complexes et qui s’imposent de leur difficulté même à être réduits et attitrés.

À l’abri de l’enveloppe psychique groupale les enveloppes psychiques individuelles lâchent de leurs atermoiements personnels. Le vécu de la famille, le groupe d’origine pour chacun, dit primaire, permet de repérer dans ce groupe secondaire, les petits arrangements devenus inconscients pour chacun.

Le groupe est la scène de l’inconscient collectif individuel enfin accessible et susceptible d’être rejouée. Sauf que la dépendance originelle n’est plus une fatalité. C’est ainsi que l’objectif, la cause, offensive ou défensive, écartent vite ceux et celles qu’il, qu’elle, croyait réunir. Chacun ose davantage que ce qui lui était donné jusqu’ici.

Les individus fréquentent le groupe en même temps qu’ils poursuivent une trajectoire riche d’autres appartenances, d’autres idéaux, de bifurcations et de renoncements. Ils retrouvent la contenance, ils apportent leur chaos. Ils y trouvent les moyens d’organiser les contenus contradictoires et imposants.

Les organisations actuelles le permettent davantage que du temps de Marx et de Taylor. Ce sont alors les deux autres formes du campement de base qui peuvent être un piège si l’on s’y installe plutôt que de les adopter un instant.

– Le couplage. Deux, trois individus semblent plus à même de préserver l’idéal une fois que les divergences se font sentir, qu’un organisateur externe, l’institution souvent – ou son antidote puissant devenu acceptable socialement, et en cela tout autant aliénant : les syndicats, les organismes de tutelle -, ne décide à la place des participants du maintien de la tension vers l’idéal fondateur, quitte à ne pas le réaliser. Cette position de base qu’est le couplage apporte l’espoir d’une concrétisation plus tard. Elle entretient au contraire un immobilisme hagard de la part du groupe au complet. Les élus ne font que savourer leur pouvoir. Souvent. Longtemps. Sans fard. Ils oublient eux-mêmes le sens de l’histoire.

Le groupe se dote d’une unité parentale. Là où la première position rappelait la grande famille, l’école, la bande, le groupe secondaire en somme, et en cela ouvrait les perspectives, la position du couplage ramène chacun au trio d’origine, au primaire et à l’infantile.

Dans la vie associative oh combien de fois ce campement de base devient la guinguette au bandéon désaccordé. Tout le monde danse sans s’y soucier. Les Chef de Service, pas les Directeurs, ceux auprès des leurs, pâtissent et ont toujours pâti de ces espoirs posés en leur action couplée avec leurs partenaires, RH, marketing ou financiers. De nos jours les managers libérés sont aussi paradoxalement les dépositaires d’une pensée magique de réussite pourvu qu’un ou deux de leurs acolytes fassent une trouvaille qui sera portée au pinacle de l’organisation vertueuse.

– L’attaque-fuite enfin. Si les individus qui composent le groupe ne se font pas duper, ils vivent la révision de l’idéal ensemble et en temps réel. Ils échangent avec l’environnement plus large le fruit peut être modeste mais appréciable de leur énergie, le renoncement aussi à leurs efforts dans un équilibre perçu qui dépasse la contingence du groupe investi. Pour ceux qui ne veulent rien lâcher, c’est la manifestation assise sur leurs prérogatives qui prime.

Dans l’attaque-fuite, l’attaque sans concession de toute autre option que l’idéal qui les réunît est la forme que prend la fuite. La fuite au devenir du groupe qui est de changer les individus au point qu’ils le quitteraient et de compléter sa mission passagère et limitée.

Car tout groupe humain est voué à se désagréger une fois son objectif atteint, sa cause propagée. Aucun de ces « campements de base » ne peut perdurer.

Les organisations horizontales de nos jours excellent en ces deux derniers contenus : désigner des champions, des hauts potentiels jamais ou peu convertis, potentiels toujours ; se perdre dans la défense à outrance d’une position voulue plutôt que d’une évolution inconnue. Les organisations verticales de jadis pouvaient sur un idéal vivre au jour le jour.

C’est cela mon apport à l’apprentissage du groupe et de sa psychologie : attention aux nouvelles formes collectives, plates, prétendument collaboratives qui risqueraient de figer plus que jamais les individus. La singularité est en chacun de nous. Et la singularité se partage depuis la courte place et pendant le bref d’un temps qui nous sont donnés seulement.

Restons groupés oui, mais chacun en marche sur son chemin de poussière, de l’infiniment petit et nécessaire après tout.

 

 

Bienvenue

Ce que j’aime de la psychanalyse c’est qu’on ne tombe pas dedans par soif de connaissance et de contrôle mais par besoin vital et désir qui s’ignore. C’est cela que j’aime transmettre.

Art Deco Imperial Hotel a Café ImperialUne nouvelle promotion de Executive Coaches à l’Université de Cergy Pontoise.
La particularité de cette formation de Coaching est de ne pas agiter les peurs des prétendants accompagnateurs avec de la psychopathologie vite gobée comme le font toutes les autres. Entretenir le jardin des folies douces et vives.

Avec Roland Brunner nous posons les fondements psychanalytiques de tout accompagnement. Nos collègues posent les variantes humanistes et constructivistes, de la Systémie et du Cognitif-comportamentalisme.

Ce que j’aime de la psychanalyse c’est qu’on ne tombe pas dedans par soif de connaissance et de contrôle mais par besoin vital et désir qui s’ignore. C’est cela que j’aime transmettre. Alors oui, Roland passe bien en revue les structures psychiques. Il est important d’avoir accès à des représentations cliniques communes de nos rencontres singulières par ailleurs.

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– Il est nécessaire de savoir refuser un coaching, lorsque la structure, perverse ou pétrifiée dans son infantile (psychose froide ou avérée), piégée dans des troubles très intimes, ne peut pas en bénéficier et ne le pourra jamais.

– Il est nécessaire d’orienter sa stratégie clinique, selon que la névrose, ou trouble des rapports aux autres et à la réalité qu’adresse effectivement le coaching, est celle de la contrainte ou celle du tout-est-possible, obsessionnelle ou hystérique.

J’aime pour ma part y apporter les travaux pratiques. La supervision de cas et la recherche en groupe-analyse. Car il est rare d’être seul à seul en entreprise. Alors notre mission de coach analyste est proche de l’ethnopsychiatrie comme Roland le mentionne aussi dans son ouvrage de référence « Le coaching clinique psychanalytique ». J’aime le développer auprès des groupes de pairs que cette formation institue. Et par delà les structures, fixes, modelées selon le vécu d’enfance et définitivement formées à l’adolescence, donner le goût du voisinage et du différent. Ouvrir les portes de ce que chacun de nous avait peut-être laissé bien derrière mais qui se représentera à coup sûr dans ses accompagnements divers. « La psychologie du collaboratif » est mon ouvrage à moi, édition 2017 chez L’Harmattan.

Personne n’est propriétaire d’un pavillon individuel dans son psychisme. Nous sommes tous locataires d’une maison commune, traversée de « servitudes » multiples, de lieux de passage de l’autre, et en travaux le long d’une vie.

Vous allez à nouveau bouleverser la mienne. Bienvenue à vous tous DUEC 2017 Cergy University. Et merci pour la troisième année consécutive à Florence Daumarie et à Olivier Piazza de mon passage en leurs murs et ceux de l’Institution généreuse qu’ils dirigent.

Narcisse toi-même, pour un narcissisme de vie

Accompagnateur ? Accompagné ? Coach ? Coaché ? Libérez votre Narcisse. Le narcissisme de vie vous permet de marcher bien chaussé. Puis l’Oedipe, élargit vos horizons. Tout un monde en vous et au devant.

Le narcissisme correspond au clivage du moi précoce qui précède au mécanisme premier de protection psychique adulte qu’est le refoulement. Il pose les fondations, de soi, de la relation… Du métier d’accompagnant. Il préside à notre vocation, autant qu’aux refondations que nous menons auprès de ceux au en accompagnons. Confiance, constance et courage c’est ce que je souhaite alors à mes étudiants.

Le refoulement arrive avec L’Oedipe vers l’âge de six ans, lorsque la petite fille, le petit garçon, enfouissent à jamais leurs fantasmes de sexualité infantile, et le viol de la mère et le meurtre du père, la séduction du père et la trahison féminine, la visée d’enfanter rien que pour eux, qu’ils originent.

« Oubliés » dans l’inconscient, ils remontent à la conscience régulièrement, par poussées, par moments clés, et ils teintent d’une coloration violente et sexuelle toute autre relation postérieure, à l’homme, à la femme, à l’autorité, à l’enfant, descendant. Ce qui fut interdit devient le surmoi et le moi est social, le « self » dit-on aussi selon les psychologies, par opposition au « soi » profond qu’est le moi avec ses élans libidinaux (ça), cherchant satisfaction tantôt dans le plaisir, tantôt dans le déplaisir, au delà d’un principe que Freud démonta.

Le clivage du moi, lui, correspond à la période pré-oedipienne, infantile mais aussi adolescente, celle du narcissisme primaire, où l’enfant, le pubère ensuite, ne pouvant pas concevoir sa vulnérabilité et son impuissance d’être-dépendant bâtit en lieu et place de l’absence d’une réponse immédiate et pleinement satisfaisante (le sein, son réconfort mais aussi sa dévoration, sa possession destructrice, comme le sera plus tard le désir impossible d’une disponibilité totale de maman, de l’amant), il bâtit en lieu et place du « moi idéal » de sa conception, un « idéal du moi » ou plutôt, des idéaux du moi successifs, comblant de réponses partielles son existence séparée : le caca qui reste chaud et doux collé, ses doigts de main qu’il avale et qu’il mutile, l’auto-érotisme possible de tout ce qui lui tombe sous la main, un sucre volé, son sexe érigé et qu’il est si bon de frotter, pour la fille davantage l’air de rien « se frotter ».

Ces « idéaux » cohabitent au même niveau : le caca est plaisant et vite irritant, le doigt est un téton et le marteau piqueur d’une bouche déformée, le sucre est une claque aussi vite endossée, le sexe est sans fin. Plus tard, des relations extra conjugales et des coups tentés en marge des affaires courantes seront à la fois la jouissance et la peur retrouvées. Sans que cela ne trouble l’image pleine que de soit on se fait.

 » Maman ne peux pas être méchante alors si ce sucre me vaut une tape c’est que j’aime être tapé(é) et gourmand(e). C’est moi ça. Et c’est mon idéal du moi. Et ma maman reste idéalisée par la même occasion… »

L’identité devient le composite de toutes ces choses que l’on fait sans « jugement ». Anciennes d’un temps d’enfant.

Narcisse toi-même

Le narcissisme met en échec le travail psychanalytique. Là où le refoulement peut être appréhendé un instant par le transfert sur le thérapeute d’affects anciens, le clivage se passe d’affects. C’est surtout qu’il les dénie, leur trouvant une place dans ce composite pré-cité tout aussi clivée. Ils sont là mais pas en lien. Et le sadisme ou son complémentaire le masochisme morbide, primaire, sont les seuls émois, sur la base de sensations, plutôt que de ressentir des sentiments élaborés, sur la base de pensées, de libre association, de liens : Maman est belle et douce et monstrueuse et méchante.

Pour l’accompagnateur, c’est la bourse ou la vie. Ce qui veut dire la mort en face. L’amour au bord du gouffre. Bandit des chemins de l’inconscient :

  • soit, il persévère dans la recherche d’un sens, lourd d’affects dérobés, baluchon existentiel, juste consolable et donc à nouveau réduit à l’auto-érotisme et les dépendances,
  • soit sa persévérance présente le moindre défaut, et ils sont nombreux en écho de ce Narcisse d’un seul tenant qu’est le client peu patient.

Il risque la « décompensation » : les clivages cèdent, ils ne « compensent » plus tout ce qu’ils additionnent impunément, revient l’angoisse la plus primaire d’éclatement, de morcellement, d’effondrement. Le travail de déconstruction et de reconstruction demande du temps. Ce sont les enfants boiteux de l’Oedipe qui échappent au destin tragique de Narcisse, collé à sa propre peau. Ils remarchent à nouveau. Sur la base solide d’un narcissisme secondaire, d’un narcissisme de vie et non de mort.

Le narcissisme de vie

Le narcissisme ne peux pas être considéré comme un concept achevé, non plus. Freud l’a initié, les générations successives de psychanalystes tentent de le saisir comme je le fais. C’est notre travail premier. Narcisses comme je le disais. Car le narcissisme est fragile comme un miroir qu’on se tend. Au plus précoce de notre venue au monde, pas celle de l’accouchement, mais celle de nous face au monde, tentant de le percer de tout notre nouveau. Et nous perçons de notre monde celui de nos accompagnés, et réciproquément.

La mélancolie en est la pathologie type. La fabrique à « idéaux du moi » se grippe. La mère qui a tapé lorsque on a osé dépasser la limite est perdue à jamais et indéfiniment recherchée. La mère aimante, capable d’un « masochisme créatif », est réduite en morveux. Le traumatisme reste. Il ne cède pas la place au fantasme, qui exprime lui la violence propre à l’enfant. Et la transforme dans ses propres créations autres que faire à la mère un enfant et un affront.

Le narcissisme triomphant ce serait alors. Dit « secondaire » par évolution du « primaire » dont il était jusque là question. Et puis, comme avancé plus haut, l’Oedipe recouvre tout ceci de son refoulement. Les clivages restent enfouis. Ils resurgissent à propos. À chaque fois qu’une limite peut être dépassée à nouveau sans que ce soit un « se perdre » ou perdre l’amour.

Au contraire. L’amour est vainqueur. Freud en est mort et nous l’a laissé en enseignement. Et nous qui accompagnons, le réapprenons de notre propre métier à la vie à la mort. Narcisses accompagnants.

A suivre le récit de cet héritage de Freud par Olivier Bouvet de la Maisonneuve, en Séminaire psychanalytique de Paris du 16 juin 2016. Qui a largement inspiré mon dernier cours à l’Université de Cergy Pontoise en DU Executive Coaching du 17 juin alors. Ce papier en est la trace, amorce d’un cursus nouveau : le développement psychique et relationnel de stade en stade de développement. Narcisse et Œdipe structurants ensemble et tout autant.

Complément du cours de Roland Brunner « Diagnostic de Structures psychiques, psychopathologie, indications et contre-indications au coaching ». Ce tronc de formation constitue l’approche psychanalytique du coaching.