Pourquoi vous prenez-vous à moi ? Analyse.

Cela fait longtemps que je pense à me faire accompagner.

– Cela fait longtemps que je pense à me faire accompagner.
– Avez-vous rencontré des difficultés qui vous y ont fait penser ?
– Non. Je veux dire que j’ai rencontré des difficultés dans ma vie comme nous tous. Mais ce n’est pas à l’occasion de ces difficultés ou même encouragée d’un doux chalenge que j’ai pensé me faire aider.

Je fais silence. Elle poursuit seule lors de cette première rencontre.

– C’est comme aujourd’hui. C’est une période calme. Je ne rencontre pas de difficulté particulière et j’ai pensé à me faire accompagner. Juste comme ça. Pour moi. Sans rien devoir à personne ni répondre à un objectif. Sans échéance. Sans urgence. D’ailleurs, je peux commencer en mars. ( Nous sommes au mois de septembre). Je pars bientôt, fin octobre, pour une mission à l’étranger. Je reviens en décembre mais je repartirai aussitôt si tout va bien. Je serai enfin de retour au printemps.
– Vous partez en Octobre. Nous avons de quoi engager deux ou trois séances avant votre départ. Je vous dis ça parce que même si vous êtes demandeuse de l’accompagnement psychanalytique que j’offre et qui, en effet, ne s’embarrasse pas d’objectifs et des réussites, qui demande, cela oui, une assiduité, vous êtes aujourd’hui face à moi et nous ne sommes pas au mois de mars. Je vous invite à ne pas suspendre votre démarche à peine vous l’avez engagée.
– Je suis d’accord.

Je sors mon agenda et lui propose mon prochain créneau qu’elle prend. Et je la raccompagne au dehors. Pourquoi est-ce si difficile de rentrer dans la vie d’un autre ? Le seul « autre » que nous ayons investi sans y penser c’est la matrice maternelle. J’essaye d’accueillir les demandes que je reçois dans cet esprit. Mais je n’y reste pas. Surtout pas. Je suis tout autant « le père » qui nomme l’autre et lui dit « va ». Victoire pose d’emblée son nom singulier et son départ. Curieuse manière de se prendre à moi.

Victoire a un métier qu’elle exerce en équipe et en libéral. Elle est en couple et elle vit seule. Elle s’assume, comme on dit, depuis sa jeunesse. Elle veut être accompagnée. Elle veut se sentir mieux avec elle-même. Veut-elle donner à sentir sa propre essence au monde qui l’entoure ? C’est ce à quoi me fait penser cet accompagnement qui commence comme un échantillon, une empreinte laissée et s’effacer, voir si ça dure.

Un vécu précoce d’abandon peut laisser cette trace, ce mode paradoxal de rentrer en relation et faire en sorte qu’elle perdure dans la propre disparition. Rien ne dure davantage que ce qui a manqué ou qui a été perdu. Si. Ce qui n’a jamais été lâché. Se séparer.

– Elle est dure.
– C’est qui elle ?
– Ma mère.

Et nous commençons ensemble une suite de séances, et il y aura des suites alors. Jusqu’à ce qu’elle s’en prenne à moi, je le lui souhaite vivement. Et si elle et moi nous traversons cela, que l’analyse fait son œuvre, elle ne pensera plus à être accompagnée. Elle le sera pour toujours.

L’accompagnement du monstre

« A la confluence de la misère et de la détresse, d’une idéologie malade et sans scrupule promettant une improbable divinité pour remplacer le parent, l’absent, le vide à supporter; dans le lit d’un système machinique qui doit tenir, quitte à broyer l’égalité, l’espoir et la pensée; là où les mots pour le dire s’effacent, désincarnés; là où l’affect n’est pas même une sensation, un vestige d’altérité; nulle parole aimante pour ranimer la vie, cicatriser l’abîmé. C’est là que naissent et vivent les monstres. C’est là qu’ils meurent aussi. »

Samuel Dock dans Huffington Post
Psychanalyste

Samuel Dock travaille au plus pres des jeunes en desherance, de sa présence et de sa capacité d’accueil de la parole, d’enseignement de la parole, à ceux qui n’ont pas appris à parler. En respectant les distances je trouve mon travaill proche du sien en ce que ceux qui font carrière en Entreprise apprennent à communiquer, et perdent ‘l’usage de la parole si tant est qu’ils l’aient eu un jour. Souvent, leur milieu d’enfance, fait de détresse mais point de misère, de transmission narcissique et toujours sans tendresse, préfigurait l’entreprise d’emprise, davantage que de conquête. Conquête individuelle avant d’être collective. Parole subjective avant d’être la clameur d’une foule inquiète. Inquiète selon l’acception de Cynthia Fleury. Engagée vers le progrès de la différence pérenne. Pour qu’ainsi naissent et meurent des hommes sans plus. Ou presque.

J’aime penser que dans chacune de mes séances je meurs un peu pour que d’autres vivent, et que le monstre que j’aurais pu être, sans être accompagnée et sans embrasser ce métier pour d’autres, ne dort que d’un oeil. Car c’est lui ma différence première et qui engendre celle des autres à partir de leur monstre même.

Meurtre d’âme, irremplaçable

Parmi les trois métiers impossibles, éduquer, gouverner, soigner, aujourd’hui avec Katrien, j’ai essayé d’éduquer… De meurtre d’âme, enfant meurtrie, faire naître la femme enfin. Et ma lecture du moment m’y aide bien :

 » Éduquer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas reçu. »

Pallier l’insuffisance de sa propre enfance. Toujours un pas de plus. Jonas définit d’ailleurs l’archétype intemporel de toute responsabilité comme celle des parents à l’égard des enfants (Hans Jonas, Le principe responsabilité 1979, Flammarion, Champs Essais, rééd. 2013, p.250).

L’enjeu est immense, et les individus ne sont toujours pas aptes à devenir parent. Les dysfonctionnements conscients ou inconscients des parents sont multiples, et les conséquences graves sur la vie psychoaffective de l’enfant.

« Meurtre d’âme », écrit Shengold. Ou comment le parent a le pouvoir de détruire la dynamique d’individuation chez son enfant, précisément parce qu’il est celui par lequel elle d’inaugure.

La notion d’assassinat d’âme, d’âme assassinée, de meurtre d’âme se trouve chez Daniel Paul Schreber (1903), dans ses mémoires d’un névropathe. Freud y consacrera une étude dans le recueil Cinq Psychanalyses, sous le titre « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : Le président Schreber ». Depuis la notion a été explicitée par Léonard Shengold, Meurtre d’âme, Calmann-Levy, Le Passé recomposé. 1998.

« Un meurtre d’âme est le plus souvent perpétré par des parents psychotiques ou psychopathes qui traitent leur enfant comme une extension d’eux-mêmes ou comme l’objet d’assouvissement de leurs désirs, ou les deux. » Shengold rappelle que l’enfant, pour résister au meurtre symbolique, continue d’aimer son parent. Et plus tard, le consentement à l’asservissement est une opération qui peut se répéter.

Orwell conte précisément dans 1984 comment elle devient archétypale des nouvelles sociétés. O’Brien disant à Winston Smith « Jamais plus vous ne serez capable de sentiments humains ordinaires. Tout sera mort en vous. Vous ne serez plus capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité. Vous serez creux. Nous allons vous presser jusqu’à ce que vous soyez vide puis nous vous emplirons de nous mêmes ».

La fin du roman signe le succès de la prophétie. Winston est alors capable de regarder la face de Big Brother et de l’aimer. Il en est même persuadé enfin d’avoir vaincu ses propres démons en effaçant toute équivoque de son cœur. Enfin il est apaisé.

« La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother. »

Le meurtre d’âme est l’effort délibéré pour priver l’individu de toute potentialité d’individuation. L’éducation n’est heureusement pas le monopole des parents. La vie recèle d’autres occasions de rencontrer des irremplaçables , des tiers résiliants, avec lesquels l’individu meurtri construit son individuation. »

Les irremplaçables
Cynthia Fleury

La maison de famille

– Quand je vois Eva et que je lui parle et qu’elle me parle je ne te vois plus toi André. Et les fois où c’est au contraire toi que je vois, je l’ignore elle, et comment !
– C’est ce qui s’est passé lors de nos dernières séances…
– Oui. C’est ça.
– Et aujourd’hui je suis venue retrouver le Lilian d’avant.
– Comment ça ?
– Celui d’il y a deux ans. Celui qui parlait sans savoir ce qu’il allait dire. Celui qui quittait la Banque, mais pour quoi… Ce n’était pas une question. Celui qui retrouvait le terrain vague de son enfance, et de sa punition ensuite, à rester enfermé un bon moment ! Serait-ce ta répétition ?
– Je ne veux plus retourner et me retrouver comme il y a deux ans.
– André n’existait pas à tes yeux alors.
– Peut-être est ce mon défenseur aujourd’hui comme alors.
– Peut-être suis-je la tentation.

**

– J’ai fait un black out. À la séance d’avant. Je ne sais pas où nous en étions dans mon échange avec André. Il ne m’en reste que la douleur au ventre et le vide au cerveau.
– Moi c’est mon fonctionnement. J’ai effacé des pans entier de mon histoire. Je n’ai par exemple aucun souvenir de mon temps d’enfant unique, avant l’arrivée de mon frère pour mes six ans.

Un coup dans le ventre de la mère assurément…

**

– Et toi tu es l’aînée alors ! Moi je suis un entre-deux. Devant moi mon grand frère et derrière moi une petite mère, ma sœur je veux dire alors.
– Moi – ajoute le tiers pas absent -, je ne veux rien savoir de tous ceux qui arrivent après moi, pas qu’une sœur mais des cousins tous abimés d’étranges mots : l’alcoolisme, la violence, la démence, l’abandon…

Et ici c’est en fratrie qu’ils s’entendent à merveille sur le thème des « défenses naturelles » et de l’identité remarquable qu’ils partagent.

– Dites, pourquoi ne feriez-vous pas un Atelier de campagne en hiver ?
– Sur quel thème ?
– Peu importe. Pourvu qu’il y ait le feu à la cheminée…

Mieux que les défenses naturelles, l’étincelle de la vie ils nous ont appris.

Merci Sidonie, Victor et Lilian. Et à bientôt alors. Et d’autres comme vous.

Bienvenue dans « la maison de famille » que deviennent peu à peu cette longère et son verger dans lesquels nous vous accueillons, Andre de Chateauvieux et Eva Matesanz, à Sens. A un court rail de Paris. Loin devant sur le chemin de l’accompagnement. Au naturel. Vivement.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 5/5

Le déroulé conceptuel de présentation du symptôme qui articule la psyché du sujet normalement névrosé, qu’il apparente à son identité, a fait l’objet de cette Université d’été pour un coaching clinique psychanalytique non aveuglé par les objectifs institutionnels, ou conventionnels auxquels chacun peut prétendre et son désir dérober. Il est issu, librement inspiré, du Séminaire Psychanalytique de Paris du 18 juin 2015. Sur mes notes de la conférence de Monsieur Pasani.

Cette dernière partie que j’y adjoins s’efforce d’y apporter le retour expérientiel de ma propre pratique d’instrument psychique « good enough » au service de mes accompagnements individuels ; du tissu contre-transférentiel offert à partir du duo que je forme avec André de Châteauvieux en animation de groupes restreints, d’accompagnateurs, de consultants, de RH et de cadres dirigeants. De tous ceux qui en viennent à y songer : qu’il n’y a pas de prêt-à-penser l’entreprise, aussi libérée qu’on la pense. Que tout se dérobe autour et qu’il ne tient qu’à soi même de reconnaître sa propre expérience psychique, de lien symptomatique au monde.

Dès l’appel téléphonique de prise de rendez-vous, comme un premier cri de nouveau né dit de lui sa vigueur, l’analyste peut entendre le symptôme. Dès le premier mail ou SMS échangé, le coach analyste lit entre les lignes des formules toutes faites d’autres lignes de faille et buissonnières. Celles qui vont le retenir auprès d’un autre, un temps contraint. Autant en faire le matériau vivant de son accompagnement, par delà la « commande » formelle ou même ouverte, trop ouverte.

Le symptôme s’exprime dans la relation à l’autre, dès qu’elle s’ébauche, et surtout à l’état d’ébauche ! Dans le langage courant nous disons de nous fier à la première impression. Elle ne peut porter en elle l’être entier. Mais elle porte bien en elle, dans cette sensation d’irréel qu’est la rencontre, comme un rêve éveillé, la radicalité du symptôme. Sauf que, attention, la première rencontre radicalise l’analyste autant que l’analysant qui y postule. La meilleure attitude à avoir n’est pas un rituel de l’accueil bien maîtrisé, inconditionnel, « neutre et bienveillant ». L’analyste sonnerait faux… Hein André ? Il en est qui nous quittent aussitôt tellement derrière cet écran de mire ils décèlent un « bruit de fond ».

L’accueil au naturel est celui du contre-transfert.

Le contre-transfert de l’accompagnant précède celui de l’accompagné. Celui qui choisit le métier d’accompagner possède, grâce à son propre travail sur lui auprès d’un tiers, une malléabilité psychique accrue, et une confiance dans sa capacité à se rassembler quel que soit le fil d’associations libres qui se présente spontanément dans sa psyché en présence de l’autre. Le « jadis familier », dépassé si sans histoire, refoule si l’impensable s’en ai mêlé, et qu’il se repense par bribes et qu’il s’agit de façon répété, ce familier d’enfance, l’inquiétante étrangeté des êtres chers, les propres pulsions violentes et sexuelles surtout et envers eux, c’est le contre-transfert qui trouve en chaque accompagné un nouveau droit de cité. Un devoir, professionnel.

C’est bien pour cela que la spontanéité de l’analyste combinée à son éthique lui offre une certaine lucidité au moins sur « la place où l’autre le met ». C’est l’ombre qui donne le relief. Une part aveugle doit être supportée.

Seule l’angoisse ressentie procure le ciment qui sature et relie l’espace de la séance. Et ce de séance en séance.

L’analyste, qui ne se protège pas assez de ses propres résistances, aide ainsi tout simplement à faire émerger quelque chose du symptôme de l’analysant pour lui-même. Cette question qu’il pose au monde. L’analyste lui-même questionne, soit dans les moindres détails de ce qui se donnerait à dire et à voir comme un tableau original, soit s’il est plus difficile d’accès en allant sur son versant d’angoisse justement : à quel moment est-ce difficile pour vous ? ou bien, vous semblez surpris du tour que prennent les choses, qu’est ce qui vous étonne ? Et il est d’autant légitime qu’il fait son propre examen de conscience, en recul clinique en séance, en supervision continue en inter-séance.

Rappelez vous toujours de la réclame : le symptome, ça t’étonne ! Qui devient vite : c’est tout moi, ça ! Entre la satisfaction narcissique et la culpabilité œdipienne chacun de nous se débat, ou en joue sa joie. C’est tout le travail d’analyse qui est fluide si entre le symptôme et l’angoisse il est possible de tenir ensemble.

Nous reparlons ici et de symptôme, et de refoule, et de trauma et d’angoisse, comme il fut question dans le chapitre précédent. Il est temps d’introduire la part de l’inhibition. Les plombs qui sautent ce ne sera pas tant un acte commis malgré soi, qu’une sécurité interne mais o combien pour rassurante contraire au risque de vivre et à ses joies

Mais prenons pour commencer le cas béni de ce patient qui, en effet, aime son symptôme. Qui n’a pas mis entre l’angoisse et lui l’inhibition, le renoncement. Le tact, l’élégance, la gouaille, l’humour de l’analyste selon son caractère, et sans jamais se prendre au sérieux, sont les meilleurs alliés. La clinique n’est pas la distance froide du professionnel mais bel et bien son implication affective et responsabilisante.

Ceci est tout simplement possible parce que le symptome n’est toujours qu’un déplacement du trauma, du refoulé, de l’angoisse, sur quelque chose d’acceptable, le compromis trouvé entre soi et soi, et la formation qui en résulte, une condensation de diverses forces en réseau. C’est pourquoi que d’ouvrir les réseaux associatifs par la curiosité, l’étonnement, la précaution, le sourire entendu, voire la franche rigolade partagée, cela libère toute la complexité que le symptôme tenait jusque là en « réduction », mais sans jamais se fermer complètement sur lui même, sans jamais en faire une construction qui se suffirait. La relation à l’autre et l’ouverture à ses apports, attendus dans le transfert, est prépondérante par rapport à la répétition pure et simple, passive, du transfert originel, parental ou de toute autre figure jadis d’autorité.

– Pour le névrosé obsessionnel il s’agirait ainsi de pouvoir revenir à un moment de la pensée à l’affect. Les pensées obsédantes ont pris toute la place, déplacé l’affect d’origine. Il pourrait être recontacte avec à la fois la distance d’aujourd’hui et tout sa force qui peut en toute confiance face à l’accompagnant se déployer.

– Pour l’hystérique c’est la condensation qui domine, et il est nécessaire de déplier toutes les subtilités des idées et des sentiments pris au « piège ».

– Avec le phobique enfin, le névrosé qui a déplacé et concentré son angoisse sur l’existence d’un objet extérieur, ce qui lui permet de vivre assez bien hors de la présence de cet objet, il s’agit de déplier affect par affect. Car un affect cache un autre, ce qui lui permet de délimiter l’espace de ses affects et d’en venir au surgissement de l’angoisse, tempérée par le cadre analytique, par la progression de la cure selon la chaîne associative du patient.

La phobie est une hystérie de l’angoisse selon Freud, comme une alternative à l’hystérie de conversion, de conversion du trouble psychique en trouble physique, de la tête vers le corps.

Et la névrose obsessionnelle, elle, se tapit en gigogne derrière la phobie qui enrobe l’hystérie. Tout ceci n’est qu’une question d’où le symptôme se place : à l’extérieur, dans le corps, dans la tête qui ne peut cesser de penser, à tout sauf à l’impensable encore une fois sexuel.

En tout dernier ressort, et au plus difficile de la cure bien avancée, il s’agirait de toucher le lien entre le symptôme et le fantasme qu’il masque. C’est pourquoi l’approche progressive et raisonnée de la pensée n’est pas adaptée. C’est une approche par l’affect, par la recherche aléatoire, chaotique, et par la surprise.

Et l’inhibition, l’absence de symptôme face à l’angoisse, en constitue l’écueil. Elle est alors renoncement, mécanisme d’évitement (par exemple l’enfant sait lire mais la lecture à voix haute lui est impossible) alors que le symptôme est une formation de compromis qui n’empêche pas la réalisation d’une fonction mais la modifie (l’enfant apprend à lire mais inverse les lettres, les confond, etc.). Dans le cas d’une phobie scolaire, l’inhibition provoque des absences, de corps ou d’esprit, des oublis, des manquements, des étourderies. Rien n’y fait. Rien d’autre que de manquer à l’obligation scolaire sans s’y opposer vraiment.

L’inhibition concerne les potentialités d’action d’un sujet, le symptôme traverse l’acte du sujet qui reste capable d’agir.

L’inhibition est une formation défensive du moi alors que le symptôme est une formation de l’inconscient, une construction d’ordre métaphorique qui s’articule au fantasme et suppose un savoir inconscient, donc déchiffrable. Le symptôme est et a une signification.

En situation d’inhibition, en entreprise souvent de par le cantonnement de l’humain a sa fonction de « ressource », nulle chaîne associative ne se libère, elle se contient bien au contraire. – A quoi pensez vous : à rien. Et ce rien est riche de vie tout en retenue.

Les salariés ont choisi de répéter la vie en famille plutôt qu’en indépendants. De ne pas avoir de désir avec la remise en cause constante que cela signifie. La vie inconsciente n’y a pas de place. Les processus primaires irrationnels et inconscients s’inhibent complètement.

L’inhibition là contient et retient le désir même qu’elle empêche, tendant à annihiler le sujet désirant. Ce qui donne toujours au sujet inhibé une tonalité dépressive. Une activité ne peut avoir lieu, l’inhibition est rétention de l’action car elle introduit « dans une fonction un autre désir que celui que la fonction satisfait habituellement […] il y a occultation du désir derrière l’inhibition.  »

Dans le cas de la phobie scolaire comme du signalement RPS, le seul but est de ne pas agir le désir du sujet bien trop porteur d’altérité !

Comment recréer un va et vient entre les processus psychique primaires et secondaires, inconscients et conscients, irrationnels et sensés ? En groupe secure et dynamique et par la mobilité psychique que procure à nouveau le jeu, un jeu encore plus riche que dans le tête à tête analysant-analyste. Ce sont les processus tertiaires promus par André Green et toute l’école française de la psychanalyse contemporaine (Pontalis, Anzieu, Kaes) jusqu’au cybernétique Serge Tisseron aujourd’hui.

Mais attention, puisque « le nous est une résistance du sujet », puisque le couple, la famille, l’entreprise nuisent à l’être désirant, et tel est le point de départ de cette école avec Jacques Lacan, des conditions doivent être réunies, et c’est le rôle des animateurs en duo de ces groupes dont je suis, avec André de Châteauvieux. Pour que l’inhibition des uns ou la toute-puissance des autres ; les jeux personnels de pouvoir, de séduction, de paralysie du tout, de fuite en avant, de ceux qui s’y retrouvent trop ; les fantasmes de morcellement, d’éclatement, de liquéfaction, d’effondrement de ceux qui ne s’y retrouvent pas, dans le groupe qui les reflétera, ne prennent pas toute la place. Que la place soit aux fondements de tout « ça ». Au questionnement des animateurs qui ponctuent les mini séquences de la séance de groupe autour de l’un de ses sujets… Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Qu’est-ce qui te fait t’opposer à l’autre ? Qu’est ce que tu ressens lorsque tu t’effaces de cette séquence ? Etc etc Toujours en animateurs engagés, et à la fois capables de se décaler : par le rire, par l’audace, par la retenue, le respect, par le silence aussi.

Le silence de l’analyste, si pesant dans un tête à tête. Le silence a une place de choix dans le groupe dont la dynamique si bien décrite par Kurt Lewin est stérile sans ça. Sans le doute, sans l’éventail des possibles qu’ouvre de ne pas S’en tenir aux communications explicites, aux interactions manifestes. Et que le groupe évolue d’être une fin en soi, un idéal partagé, à être un espace transitionnel, imparfait, good enough, pour chacun, d’où chacun peut retirer des enseignements et des frustrations qui lui restent personnelles, et cela lui est respecté, et ensemble, en même temps, envers et contre tout, créer : le métier d’homme du moins.

Et ici conclure à la jonction, au cap horn, du coaching et l’analyse ; du symptôme qui est formation de compromis entre le désir et la défense, et l’œuvre qui est transgression autant qu’universel apport ; de la nature humaine et de la culture pas si malaisée, good enough again, en la assez bonne compagnie de l’humaniste : Carl Rogers.

 » La cause première de la créativité semble être cette même tendance que nous découvrons comme force curative en psychothérapie – la tendance de l’homme à s’actualiser et à devenir ce qui est potentiel en lui. Je veux parler de la tendance propre à toute vie humaine de s’étendre, de grandir, de se développer, de mûrir ; je veux parler du besoin de s’exprimer et d’actualiser ses capacités propres. Cette tendance peut être profondément enfouie dans la personne ; elle peut se cacher derrière des façades compliquées qui nient son existence ; je crois pourtant qu’elle existe en chaque individu et n’attend que l’occasion de se manifester. C’est cette tendance qui est la cause première de la créativité quand – dans son effort pour être pleinement lui-même – l’organisme entre dans de nouveaux rapports avec son entourage . « 

Sur les rails ou en open vie ?

Sur les rails.
Trouver sa place, jouer sa place, défendre sa place, perdre sa place…
Il est dans ma langue natale une distinction nette entre être soi et être avec l’autre ou être à une prétendue place à soi : cela se repartit sans nul doute entre  » ser & estar « . Et la distance entre ces deux gouffres est sauve. C’est peut-être pourquoi, je garde en moi cette capacité à être aussi bien hors de moi, que sans l’autre et sans piédestal.

En quoi cela peut-il vous éclairer sur vous-même ? Je ne fais pas un métier du savoir mieux que l’autre ni même pas de lui faire savoir. Je fais un métier du tissage imparfait.

C’est le digital qui, pour moi, aujourd’hui nous fournit les liens. Exit les pouvoirs, les rôles et les cases, une soi-disant progression par diagramme de Gant. Exit le savoir, qui je suis, où aller et avec qui. Open vie.
Quelques mantras, ou sourates ou versets pour seul partage, et à vous de les tordre à l’envi ou pas.
* Au matin du monde tout simplement poser un acte fondateur plutôt que de se perdre en planifications et chaînage des « actions », voire de chemins alternatifs mais égarés tout autant : les plans B.

Le plan BE ne sera jamais planplan…
** S’avancer par tâtonnement essai erreur tâtonnement de nouvel essai. Aveugle de ce qui vient mais sensible à ce qui est.

Ne pas hésiter à faire et à défaire, à danser tout en pirouettes et en volte-face même, infléchir le cours de votre élan premier, au gré de vos propres inerties et des résistances amies.
*** Fuir l’approbation, s’entourer de sceptiques et de rêveurs, et décevoir les uns et les autres de vos réalisations au fil de l’eau, effectives mais jamais trop.

S’affranchir des contraintes en prenant appui sur « ailes ». Imposer vos contraintes aux autres et qu’ils s’envolent en deçà ou par delà vos propres rêves et vos doutes.
À suivre. En toute liberté.

Image ci-dessous : The Blue Ray (here), La Fabrique Sonore, Expérience Pommery #9, Reims, 2011
(vue en contreplongée dans une crayère de 30 m de Profondeur)

The Blue Ray par Cassieres aux caves Pommery
The Blue Ray par Cassieres aux caves Pommery

 

 

 

Le Turquetto, un étranger en empathie

Sami Soriano, par Élie
Sami Soriano, par Élie

 » Le soir Zeytine aimait raconter sa journée. Une fois ce fut la discussion qu’il avait eue le matin même avec Halis :

– Je te disais il y a longtemps que les gens ne savent pas regarder, tu t’en souviens ? Que ce qu’ils veulent, c’est qu’on les regarde, eux ?

Il éclata de rire :

– Eh bien, je me suis trompé, mon Raton ! Les gens ne sont pas plus bêtes que toi ou moi. Au contraire, ils sont astucieux, et même plus qu’ils ne le pensent. Ils sentent que regarder, je veux dire : regarder vraiment, risque de leur apporter de la douleur… Ils constateront que tout change ! Leurs amis, leurs femmes, leur travail, tout ! Et tu sais quoi, Raton ? S’ils admettent que le monde change, ils devront changer, eux aussi… Et c’est ce qu’ils détestent le plus.  »

 

Ce sont les derniers instants d’un voyage auprès du  » Turquetto « , peintre de génie et combattu sous prétexte de troubler les convictions religieuses de l’époque, de Venise jusqu’en ses terres d’origine en Constantinople. Il y retrouve son mentor, un estropié de la campagne d’Arabie, faisant œuvre et campagne désormais auprès des hommes du bazar. Auprès du jeune Élie aussi. Puis, auprès de lui-même revenu, vieilli, faussaire de sa vie, auteur de toiles vraies, et brûlées. Sauf une :  » L’homme au gant « , sous la signature de son maître en l’art, Titien, sauvée.

L’homme au gant. Portrait du père.

Il l’a longuement regardé, son père, Élie / Turquetto, comme il a longuement regardé autour de lui et produit des portraits saisissants de  » design » et de  » colorito ». Salué, toute à la fois, pour la rigueur du dessin et la puissance des ambiances et sentiments encrées.

Les a-t-il vous changer ? A-t-il figé l’instant pour cesser les variations, les contradictions que chacun de nous enferme, les trahisons quotidiennes, les déceptions durables ?

Élie rejoint son mentor et le regarde sans jamais retoucher aux pinceaux, jusqu’à sa mort. Élie réapprend à vivre sur la toile d’une âme transparente. Des seuls pinceaux de sa voix blanche.

Le lendemain de l’inhumation de Zeytine, il prend sa place au bazar et il peint, « pour la pile » qui était le lieu de son imagination inaliénable depuis l’enfance, le portrait de son père sans le couvert du noble qu’il avait jadis posé sur lui.

 » Il l’avait représenté en pauvre bougre qu’il était. Au coin supérieur droit de la feuille, sa main avait écrit ces mots :

Sami Soriano, employé d’un marchand d’esclaves à Constantinople.  »
Pour que l’homme vienne à la vie, la mère l’accouche, mais surtout, pour qu’il marche debout, le père doit être dit. Ainsi soit-il…
imageVariations toutes personnelles sur l’ouvrage que je referme à l’instant :

Le Turquetto
Metin Arditi
Actes Sud, 2011

Ne en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni al l’histoire de l’art.

Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.

Metin Arditi habite la Suisse, où il enseigne à l’Ecole polytechnique et présidé l’Orchestre de la Suisse romande. Toute son œuvre romanesque est publiée chez Actes Sud.

La vie vivante

De la chair et du réel dans le virtuel : la vie vivante.

image

 

Je dormais nue sous le soleil et dans l’intimité de mon jardin, et il a su capter cet instant avec la délicatesse de l’enfant. J’ai aimé alors publier sa photo comme je publie les œuvres de mon collectif d’artistes-en-blog : auteurs d’esprit, créateurs plastiques aussi.

Douceur de l’aquarelle posée par Éric Migom sur nus anonymes, macro photo de Hugh Louwerse, révélant l’indécence d’une fleur en clairobscur, instantanée de Lionel Ancelet sur la montée des marchés froides de l’Arche de la Défense, comme une descente aux enfers, panoramique croquée de moi et d’un paysage offert comme une origine du monde à ciel ouvert. C’était juste avant. La Borde était la légende du dit lieu.

Sauf que là, cette fois, c’est moi qui suis l’œuvre, et que le grain de peau est sans filtres, autant que le message que cela peut paraître.

Je reçois alors, depuis quelques jours, des messages de choc et de charme ; de parenté offusquée et d’amitié admirative et amusée. Et je fais le buzz comme jamais.

Je réalise très vite que j’ai entamé en même temps la lecture d’un ouvrage d’actualité mais que j’ai laissé dormir, soigneusement mis de côté, et que j’ai à cet instant précis, en marge de tout ceci, plaisir à savourer. Comme j’ai plaisir, c’est vrai, à partager une extimite charnelle aux côtés de mes textes les plus confidentiels : ceux de mes séances d’accompagnante et ceux de mes découvertes intimes d’accompagnée. Comme ceux de mes lectures dont celle-ci est.

La vie vivante
Contre les nouveaux pudibonds
Aux éditions les arènes
Par Jean-Claude Guillebaud.
Numérique, nanotechnologies, intelligence artificielle, post humanisme, gender studies… Les nouveaux pudibonds veulent nous  » libérer  » de la chair et du réel.

Jean-Claude Guillebaud, écrivain et journaliste, lauréat du prix Albert-Londres, est éditorialiste au Nouvel Observateur. Son cycle d’essais  » Enquête sur le désarroi contemporain « , qui a connu un grand succès public, en France et à l’étranger, à été couronné par de nombreux prix. Il entame avec ce livre une  » Enquête sur les nouvelles dominations  » et nous invite à la résistance.

À suivre…

Entre deux portes

imageElle est venue au monde sans traverser la mère. Et elle traverse la vie en se laissant porter. De l’homme qui l’a choisie, de l’employeur du moment en sa spécialité, et désormais de moi coach.

Et c’est à moi enfin qu’elle commence à en vouloir d’autant d’immobilité. Après avoir envisagé de rompre l’amour, de contrat casser, elle se prend à notre pacte d’accompagnement sur la durée.

Je n’ai rien de plus à vous dire. Coach pour changer ? Depuis que je vous fréquente je vois encore moins comment je le pourrai !

– …

– Et puis il fait trop beau dehors ! Après tout, cela peut attendre, mes doutes et souffrances, le retour de l’hiver…

– Avec le temps qu’il fait, tous mes clients et clientes me disent aller bien.

Drôle d’aveu en son sens, et pourtant, elle continue de se dire telle qu’elle est.

J’en suis à comprendre que c’est pour moi inconcevable de me détacher de lui : que c’est un effort surhumain de ma carrière infléchir. Je suis scotchée et je ne vois pas comment en sortir, mais je ne vois surtout pas pourquoi je le suis.

– Cette porte enfoncée – dont vous parliez à la précédente séance, que vous dites avoir oubliée tellement elle ne vous sert à rien -, cette porte que vous m’accusiez de forcer, c’est la porte de votre naissance, par césarienne pratiquée, mais aussi, quelle autre porte, ou quelle somme de portes tout au long de votre vie, n’auraient pas été respectées ?

Lui revient l’adolescence et ses tâtonnements amoureux, lui revient l’enfance aisance en belle maison de poupées, bien gardée. Et dans le flou de l’écoute flottante, de l’imaginaire préconscient que je projette en sa présence,  j’aperçois d’autres lieux bien plus secrets, bien plus enfouis, dans le corps et dans le temps, impensables, interdits, immémoriaux : l’origine de la mère  est cette porte de paradis qu’elle n’aura pas pu pousser. La porte première naturelle. Différente de cette autre, de secours et de chirurgie. La toute première porte lui a été refusée.

L’accompagnement prendra le temps cette fois-ci de le lui laisser, le temps. La séance sera l’espace de son cheminement tout personnel. Et la porte dernière au plus loin.

 

Père-vers elle… Et elle va

parmi-les-galets-lachee

 

– Ma mère ne m’a pas aimée…

En tout récit de ses difficultés – présentes, à venir et passées – cette forte femme dirigeante les résume à cette analyse périmée.


Cailloux de Petit Poucet qui éclairent son chemin.

Et en supervision à mon tour j’analyse avec mon coach son défaitisme premier.

– Avez-vous sondé en elle son actuel désir sexuel ?
– Non. Mais elle n’en a aucun ! Et c’est mon choix de ne pas lui en parler : je ne veux pas qu’elle couche !

Drôle de chose est que mon inconscient lui barre à nouveau le chemin…

Parmi les galets, d’une mère à l’autre, lâchée.


Inconscient instrumental de coach désaccordé. Et c’est en supervision que je viens de le découvrir et que je vais pouvoir le réaligner.


Peut-être du désir du père la recouvrir. Et suspendre le geste.

Père-vers, c’est à elle de faire le pas. Et d’elle vers le monde, sans plus de gêne !

 

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En journée étude ICF Nord Neurosciences & Coaching seront à l’honneur. Et des cas comme celui ci en seront, à partir de l’expérience même, comme Freud le fit et que les avancées le soutiennent, l’apprentissage vivant. En animation en duo entre Eva Matesanz & André de Chateauvieux.

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Alafindu XIXe siècle, époque où l’on se penchait sur les problèmes de l’hystérie, tous les savants s’interrogeaient sur l’inconscient et la sexualité. Freud s’est donc longtemps cantonné à la physiologie, pensant  que  les  problèmes psychiques, particulièrement les névroses, ne relevaient pas de la folie, mais qu’elles avaient pour cause majeure un traumatisme réel d’enfance, autrement dit un abus sexuel commis par un adulte sur l’enfant. Bien que largement partagée, cette thèse trop systématique est fausse, et Freud y renonce, son coup de génie étant de sortir de la médecine. Lui qui est physiologiste et chercheur décide de ramener tous nos problèmes névrotiques aux tragédies grecques, et donc, au fond, à un pasglorieux. La sexualité humaine n’est plus la  description d’une activité fonctionnelle,  elle devient la libido,  l’éros !

L’instinct de vie qui nous manque, par Elisabeth Roudinesco, historienne, rappelé, en Figaro Magazine d’été.