Mettez au moins un(e) vrai(e) paresseu(se) émotionnel(le) dans vos groupes d’intelligence collective

Comment participer à l’intelligence collective lorsque règne la paresse émotionnelle dans nos environnements post-modernes, business et réseaux ?

Nous l’avons tous vécu. Cette situation. Ce chef qui vous demande vos idées et qui ne se laisse pas toucher par elles. Ce consultant qui vient recueillir vos réactions spontanées sur un questionnaire tout prêt, qui bien sûr ne recueille en rien la tessiture de votre voix, ni vos hésitations ni vos convictions tout aussi fortes. Cet animateur de groupe, thérapeutique ou créatif peu importe – se réunir est d’être un peu moins des êtres de manque et de toute-puissance – qui, de par son protocole bien huilé, « codev » ou tout autre, empêche tout débordement, favorise « l’avancement ». Ou l’idée qu’on avance. Mais est-ce que le sentiment, pour chacune, pour chacun, en est aussi immense ?

Nous avons tous côtoyé aussi, dans le groupe, immergés, le participant qui organise, ordonne, replace, réintègre, reformule, ouvre, limite, consolide, restitue, et s’approprie ainsi tout ce qui aurait pu être un élan, une retenue, une tentative, une confusion, du saugrenu, de l’évidence, une insulte, la séduction, une planque, l’attaque, ou même une souffrance. Nous avons tous vécu aussi auprès de celui qui ne participe pas en apparence. Son silence pourtant en dit long sur ce qui manque au groupe lorsqu’il se complaît à être un groupe plutôt qu’une rencontre. Celui soi disant plein d’idées, qui les balance. Comme des crachats, des flatulences ? Celui qui est d’accord avec tout. Celles ou ceux qui s’entendent si bien qu’ils se prennent le bec comme s’ils étaient tous seuls et que leur création était attendue comme une mise au monde.

Je pourrais continuer. Les paresseux émotionnels sont nombreux lorsqu’on fait appel à leur intelligence ensemble. Et moi qui les regarde et qui les écrit je suis bien paresseuse de ne pas regarder et écrire entre les lignes ce qui dort, l’étincelle qui se noie, dans ces comportements. L’étincelle qui est là. Par moments. Difficile de se dérober à la vie vivante tant qu’on l’est. Vivant.

Elle est venue faire l’expérience d’un groupe d’innovation dans le métier du Conseil sur des bases d’analyse des élans transférentiels qui se manifestent par moments entre les accompagnés. Puisque ce groupe se compose de sujets, il n’est pas groupe d’aliénés au groupe, et qu’il est animé par un duo d’analystes Balint, ou Anzieu et Kaes si nous restons hexagonaux. Les groupes de médecins animés par Michael Balint ont laissé leur nom à la postérité pour marquer tout ce qui se désintéresse des contenus échanges – une erreur de diagnostic, un patient amoureux, ou bien mort, par négligence ou de mort naturelle, ces contenus ont peu d’intelligence à révéler -, pour s’intéresser plutôt aux affects échangés : Qui est ce mort pour le praticien ? De quelle rage ou de quel soulagement veut-il parler ? Quel est l’amant éperdu jadis éconduit qui, en la personne de ce patient, revient ? Quelle est l’épreuve passée et ratée que le serment d’Hippocrate pourrait donner l’illusion de pouvoir combattre à jamais ?

Toutes ces expériences personnelles passées passent aussi dans l’identité professionnelle, passent surtout dans la vocation et dans le métier. Et « reprendre l’ouvrage cent fois s’il le faut » comme le disait Freud.

Et ces consultants face à elle parlent trop de l’attention qu’ils y portent, de la sensibilité qu’ils y mettent, du besoin les uns des autres, des différences entre eux, et aussi de tout ce qu’ils acceptent sans conteste comme étant sans aucun doute partagé mais qu’ils n’arrivent pas encore personnellement à contacter. La confiance dans l’autre, le transfert d’un affect chargé à blanc le temps du retour du refoulé, un temps psychique propre à chacun, leur suffit pour rester en lien. Comme pour vous peut être qui me lisez tout ceci est d’une trop inquiétante étrangeté.

Ce n’est donc pas par paresse émotionnelle que cette jeune femme se retirera du groupe. Elle aurait pu tenter de nous convaincre, nous combattre ou nous amadouer. Se saisir de sa collègue puisqu’elle avait choisi de ne pas venir seule. A deux il y avait de quoi trouver la parade paresseuse qui aurait rendu intelligentes nos productions, partageables, porteuses peut être même dans ce métier qui se cherche.

C’est parce qu’elle est à fleur de peau.

 » Je vous avais dit, bien avant l’événement, que je ne mélangerais pas mes ressentis personnels à des échanges entre pros. Je vous souhaite le meilleur. Belles continuations. »

Tu nous reviendras un jour peut être Manon.

Note clinique : toute défense, haute comme l’Everest, est un désir qui monte, escalade les sommets.

Université d’été du coaching clinique psychanalytique 3/5

I. Le symptôme psychique d’après Freud

Les présentations de Charcot à la Salpetriere développent une clinique du regard sur les symptômes de la main d’un praticien lui-même hystérique pris dans son propre symptôme de captation d’images voire de fascination.

Freud s’intéresse à cette nouvelle approche du symptôme, de ce que le symptôme donne à voir, en lieu et place d’un savoir du clinicien SUR le symptôme. Ce que le symptôme sait de celui qui le porte attire aussi son regard. Mais étant lui même de structure psychique obsessionnelle, et non hystérique comme c’était le cas de Charcot, il va développer très vite une autre clinique : ce que le symptôme donne à voir ne serait qu’un substitut de pensée et de parole, l’expression d’une force, d’une puissance à se dire, avec le support du corps pour s’y proférer.

Freud constate notamment dans l’hystérie de conversion, « la belle indifférence » de l’hystérique. Alors qu’elle souffre dans son corps, la mimique du sujet féminin reste sous contrôle. Freud constate que lorsqu’on touche à l’expression organique du symptôme il advient même une mimique de satisfaction, et non de douleur. Ce décalage constaté exprime un manquement quant à l’acte – la douleur n’entraîne pas une réaction de douleur -, et en même temps le triomphe du désir inconscient. Le symptôme est ici une forme de satisfaction libidinale. La localisation douloureuse sera à considérer comme une zone érogène. Trouver les liens entre ce désir et le symptôme développé est le programme dense de tout travail d’analyse.

Ainsi, dans le cas de cette belle indifférente, Elizabeth, c’est par une longue et patiente écoute, par une remémoration active, en lieu et place d’une hypnose passive et fulgurante, par des correspondances de sens, par la libération des affects bloqués (abréaction), qu’il va être possible d’aboutir à la scène qui condense l’origine du « mal », et du bien. Ce mal à la cuisse droite, point de contact avec la jambe du père posée sur elle pendant le travail de soin, de pansement, du géniteur âgé et malade, ce point de contact est chargé d’excitation.

Ce symptôme est le résultat d’un conflit : le désir érotique de la fille pour le père, interdit, et la charge protectrice et respectueuse du père en même temps assumée par la fille, légitime.

Quoiqu’il en soit, la signification d’un symptôme n’est jamais univoque. Il s’agit toujours d’un complexe en réseau. Le registre de la cause en psychanalyse n’est jamais saturé ; le désir sera déterminé plusieurs fois pendant l’accompagnement et lors d’une séance même. L’expression manifeste du symptôme marque le point de croisement de plusieurs lignes, de pensée, d’existence du sujet.

La constitution du symptôme échappe à la maîtrise consciente du sujet. Le symptôme c’est lui, sujet, il le définit et d’autant plus qu’il n’en a pas la maîtrise. C’est une formation de compromis entre son désir et ses défenses, réunion de deux forces contraires venant singulièrement se rejoindre et le rendant sujet.

Il produit la psychonévrose de défense qui caractérise tous ceux d’entre nous qui sommes rentrés, par l’Oedipe, par la frustration, mais par la force vitale aussi, dans la structure de la normalité : névrotique, hystérique pour le féminin, obsessionnelle dans son pôle masculin.

Le symptôme est en somme, une façon, la meilleure que chacun ait trouvé, de se défendre, de lutter, contre la représentation érotique qui est à notre origine même, et qui préfigure la fin, à partir de notre « absence » au moment d’être conçus. D’être déjà nous. Déjà plus.

Nous n’en tirerons pas, jamais, l’expression d’une satisfaction sexuelle pleine puisque nous nous en défendons tout autant. Le sujet arbore son symptôme comme ce qu’il a trouvé de mieux pour se défendre de son propre désir tout en le réalisant partiellement. Désirer c’est vivre alors.

À suivre le développé de la structure de la névrose, ou l’articulation du symptôme en trauma, angoisse ou refoulement.

II. La structure de la névrose selon Freud, dans le séminaire psychanalytique de Paris du 18 juin par Monsieur Pasani.

L’articulation du symptôme s’effectue en psychanalyse en effet sur trois axes conceptuels, qui restent relatifs : le trauma, le refoulement, l’angoisse. La clinique, chaque cas singulier, se dérobe toujours à la théorie. Le désir court toujours… C’est la vie.

Un ange passe

On va prendre la peugeot, là, bientôt. Le père doit passer l’aspirateur dedans tous les deux jours, à peine si j’ose y poser une fesse. La petite nuit tombe sur la maison. Le ballet des volets à fermer et le feu qui flambe y’en a des stères à brûler, ils ont du débiter la forêt jusqu’à Draguignan. On sait jamais si les russes attaquent l’Ukraine. On a fait hosto, le traitement. Ma vieille s’était fait une beauté pour le jeune médecin, une pointure, qui fait son galant. Elle m’a fait l’article du lieu, flambant neuf, la visite, comme un agent immobilier. Mais elle avait les mains qui tremblent. Deux heures avant de prendre la peugeot pour m’amener là-bas, au bateau, reviens vite denis, oui je suis nomade, le type essoufflé. Avant on était plutôt citron dans la famille, les bagnoles du général, quelque chose le général, le grand Charles on disait, mais on a jamais pu se payer la ds. Toute façon la DS c’était pour les hommes, les femmes et les enfants avaient envie de gerber. Mon vieux est là, à un mètre sur son PC, j’ai un peu la honte d’écrire comme ça sur eux, en loucedé, mais je suis écrivain, c’est mon métier la chronique de nos manies humaines. Maman fait dans le sudoku, pour moi du chinois… « quatre gousses d’ail et curcuma » qu’il dit le paternel, il bosse son poulet curry, coco, le retour. Tu lui parles pyramides de Chéops, il saute sur son ordi. Un surfeur. Mon père le surfeur d’argent. La peugeot patiente dans le jardin, bientôt le bateau, je vais m’y saouler dès le quai, le martini est à 4,80 euro, mettez m’en un autre. Et puis après un petit vin de Sartène, en mangeant. Il est déjà 7 heures, elle dit la mère, oui déjà. C’est toujours déjà, nos vies, tu sais. Demain matin je descendrai du bateau jaune comme une guèpe, je rejoindrai, Ajaccio ville impériale, et mon petit bonhomme, la génération descendante. J’aurais la gueule de bois. Je verrai passer mon ange dans le ciel.

 

Jour d’anniversaire

image– vous voulez dire disparaître, comme morte ?

Il est mon superviseur mais je ne m’encombre pas moi, en sa présence, d’ou nous sommes : coaching, thérapie ou analyse.

Je suis qui je suis, et lui le maître incontesté de la posture intégrative. Tant mieux pour qu’il n’y songe pas non plus. 

– je veux dire me réduire, qu’il y ait comme dans les films à ma place quelque chose, de, à priori, inanimé, et une lumière, un souffle, que capte le réalisateur, qui révèle que peut être deviendra-t-elle autre chose.

Mais pour l’heure, je ne veux même pas l’envisager. Quelque chose d’inanimé me va si bien…

Et lui, qui a la première séance s’était dit superviseur sur trois axes : la veille, la transmission, et… – j’ai dû oublier, peu importe- , et qui ne fait pas de veille du métier, mais « veille pure et simplement sur (s)on accompagné(e) », pose les mots qui osent :

– vous aspirez, peut-être, tout simplement, à vivre, le paisible.

A l’eau de mère

Parfois j’ai peur si tu veux savoir. Peur comme un gosse, plus que le gosse peut-être quand la maison craque la nuit. Pas de mourir, je sais pas si je vais mourir demain, alors ça me suffit pour l’instant. Non, je sais pas toi, moi c’est de vivre. Ca m’a quitté y’a longtemps, j’avais la foi, j’avais un dieu qui était moi. Fallait me voir me regarder dans les glaces, me regarder m’écouter parler, je n’en croyais pas mes yeux, je me plaisais vraiment bien. Ouais après les pipis au lit, le premier chagrin d’amour, après maman qui giflait, j’ai aimé devenir moi. Ca allait rouler mon vieux comme sur des roulettes. Des filles, du cash, des voyages, pique et coeur et carreau, j’allais monter dans l’aéroplane de la vie et faire des loopings. Oui j’en ai vu des beaux moments. Mais ça m’a quitté. La foi, j’ai cessé de croire en moi-l’idole. Faut-il que j’ai déçu les autres pour me mésestimer moi. Qu’est-ce qui m’a manqué? Je suis pas mort, c’est pas à l’ordre du jour, j’en sais rien pour demain, on verra si y’a un planning de décès mais entre temps quelque chose s’est troué en moi. Et je fuis, mon ami. Je suis en perte, bientôt en cale sèche. Et je me tourne vers le destin, la marâtre aveugle, je lui dis, donne moi encore quelque chose. Encore du temps, encore de la grâce. Donne moi le panache d’avaler toute l’eau de la mer, toute l’eau de l’amertume.

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